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| 11 millions... et une trentaine de squatteurs |
Voici le titre du film de lundi dernier en mairie. C'était le conseil municipal, le débat d'orientation budgétaire, et un peu le bordel aussi. 11 millions d'euros à trouver d'un côté, une trentaine de squatteurs qui gueulent de l'autre. Sans oublier, en guest star des discussions à la pause-repas, Alain Carignon. Ambiance. Parfois, on s'ennuie ferme au conseil municipal de Grenoble. Les minutes ressemblent à des heures, les heures à des jours. C'est le cas quand les élus sont aussi complexes que les délibérations. Oui, oui, ça arrive même aux meilleurs. Et parfois, c'est tout le contraire. Dans le genre, le dernier épisode mérite d'être raconté. Car c'est pas tous les lundis qu'on débat sur les orientations budgétaires et une hausse attendue des impôts. Et c'est pas non plus tous les lundis que la séance publique est interrompue deux fois. LA POLICE MUNICIPALE, PUIS LA POLICE NATIONALE Ils l'avaient promis, ils l'ont fait. Une trentaine de squatteurs et sympathisants, "toujours les mêmes" (on cite l'agacement d'un élu), se sont donc invités. L'actu ? Le Caddie-Yack (rue Pascal), dont on a déjà largement parlé sur ce site (cliquez ici). La technique pour perturber le conseil ? Se poser dans le public. Attendre que ça commence, puis parler, de plus en plus fort, jusqu'à couvrir la voix des élus, et attendre de se faire jeter. Imparable. Première suspension de séance, le temps de sortir tout le monde (squatteurs, sympathisants, mais aussi des Grenoblois venus suivre les débats, des ex-élus écolos, la directrice du Théâtre de Grenoble...)
Problème: "On n'entend rien". Car dans le hall, les squatteurs tapent, crient, tapent contre les portes et les cloisons, et crient encore "non aux expulsions". Nouvelle suspension de séance. Jusqu'à 18h30 et l'arrivée de la police nationale, qui pousse, qui pousse, qui pousse, jusqu'à repousser la trentaine de manifestants dehors. Commentaire d'un élu (le même que tout à l'heure): "On va débattre de décisions qui ont un impact sur la vie des Grenoblois et ils s'en foutent, ils viennent nous emmerder avec leur petite révolution personnelle". Commentaire d'un autre, un peu plus inquiet: "Ils reviendront la prochaine fois, c'est sûr, et ce sera pareil, mais que veux-tu qu'on fasse ?" "RENFORCER LES SERVICES RENDUS" La séance reprend avec une bonne heure de retard. Revenons donc à nos impôts. Oui, la majorité souhaite les augmenter d'environ 9 %. "Est-ce évitable ? J'en doute", tranche Michel Destot, qui fait les questions et les réponses, et précise: "Personne aujourd'hui n'est capable de mesurer l'impact de la crise en matière économique et sociale". Et c'est justement pour cela, poursuit-il, "que nous avons la volonté de maintenir une politique d'investissement forte, la volonté de soutenir l'emploi qui est la première des solidarités, la volonté de maintenir et de renforcer les services rendus aux Grenoblois. On me dit: c'est un impôt JO. Dire cela, c'est se moquer de la tête des gens".
Bien sûr, il y a eu un débat. Extraits. "LA DOUBLE PEINE"
Matthieu Chamussy (ex-UMP qui le redeviendra peut-être un jour) a lui aussi sorti sa petite liste. "En 2004, en vendant à GEG un terrain de plusieurs hectares (...) vous vous êtes privés de 850 000 euros annuels de loyer. En 2005, en transférant le ramassage des ordures ménagères à la Métro, vous avez économisé 4,6 millions d'euros que vous avez immédiatement absorbés avec de nouvelles dépenses de fonctionnement. Il y a un mois à peine, en faisant don à la Métro de la taxe sur les spectacles, vous avez perdu 500 000 euros de recettes...", et de poursuivre sur les dépenses de personnel, les budgets "Fêtes et cérémonies" et "réceptions"... Maryvonne Boileau (Ades/Verts/Alternatifs) a dégainé les 10 engagements de Michel Destot pendant les municipales, soulignant (en vert, of course) le grand 3: "Ne pas augmenter les impôts locaux, porter au niveau national une réforme de la fiscalité locale aujourd'hui très injuste, refuser les transferts de charges de l'Etat sans contrepartie". Avant de lancer: "Augmenter les impôts en 2009 est la pire solution, les habitants, pénalisés par la crise, le seront aussi par votre majorité. C'est, en quelque sorte, la double peine". Elle a enfin demandé que soient abandonnées "les dépenses de prestige". Classique. "EVITER LA DEMAGOGIE ET LE POPULISME" Et du côté de la majorité, alors ? Eh bien Patrice Voir (PC) a évidemment tapé fort sur l'Etat, sur le capitalisme, qualifié de "requin". C'est "le gouvernement, avec sa politique, qui invite à l'augmentation des impôts (...) Cette situation invite chacun à la responsabilité, à éviter le populisme et la démagogie. Dans l'esprit des engagements pris avec les habitants, le maintien et la qualité des services rendus restent la priorité". Philippe de Longevialle (MoDem) a fustigé "la démagogie facile" des opposants "qui ne proposent pas de projet alternatif". La Ville (comprenez la majorité), elle, "se donne les moyens de faire face et d'assurer ses missions. C'est pour cette belle idée de service public qu'il faut prendre cette douloureuse décision d'augmenter les impôts". Jean-Philippe Motte (Go Citoyenneté), lui aussi, a dit banco à la hausse des impôts. Avec quelques bémols. "Nous acquiesçons, pour autant que cette hausse soit liée au renforcement de la Ville dans les domaines du logement, du travail, de l'éducation, du sport, de la culture, de la santé, de l'action sociale". Dans cette optique, "il nous paraît souhaitable de différer la construction de la salle des musiques amplifiées et du conservatoire". Sourire crispé de l'adjointe à la Culture. Quant à Abderrhamane Djellal (PS), il a, c'est un grand classique, rappelé la situation dans laquelle la Ville se trouvait quand les socialistes sont arrivés aux affaires, en 1995 ("Je ne me sens pas concerné, j'étais au collège", a répondu Matthieu Chamussy, qui a soit menti, soit beaucoup redoublé). Puis M.Djellal a redit tout ce que le maire et le premier adjoint avaient dit avant lui, sur la poursuite des politiques sociales, sur l'innovation, sur les travaux, sur les JO... Jérôme Safar, enfin, a martelé les expressions "maintien du service public" et "renforcement de l'action sociale qui l'accompagne", a répondu aux arguments des opposants avec d'autres chiffres... et le maire a donné rendez-vous à tout le monde pour le vote du budget, en décembre. WHAT ELSE ? En vrac, dans ce conseil municipal pas comme les autres, on a vu Bernard Soulage, premier vice-président à la Région, faire une apparition. "Qu'est-ce qu'il fout là?" s'est demandé un conseiller municipal à voix haute. Le TGV en provenance de Reims passait sans doute par Grenoble. On a aussi croisé "Bibiche" et Olivier, deux joueurs de foot de la Villeneuve (exclus de la Coupe de France de foot), à qui il a été répété que la Ville ne les laissait pas tomber et qu'elle irait "jusqu'au bout des appels, pour que vous puissiez jouer le match suivant". Enfin, comment ne pas évoquer la "star" des discussions à la pause-repas. On parle évidemment d'Alain Carignon, battu, archi-battu par Michel Savin lors de l'élection interne à l'UMP 38. Carignon, sur lequel on a entendu une grande majorité de "cette fois il est fini". Mais aussi quelques rares "méfiez-vous, il n'est jamais mort". Pas de quoi inquiéter les élus, de gauche comme de droite, dont certains ont même repris deux fois du dessert.
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Et la vie municipale a donc continué avec le début de la séance publique... sans public. Du coup, Maryvonne Boileau et Marina Girod de l'Ain (Verts/Ades/Alternatifs) ont demandé une suspension de séance. Refusée. Jérôme Safar, premier adjoint (PS), s'est lancé dans la hausse attendue des impôts.
Jérôme Safar, le cultureux du précédent mandat, est aujourd'hui le matheux de service, donc l'adjoint aux Finances. En temps de crise, ça veut dire ajouter les moins. Il liste: "Une diminution des dotations et compensations de l'Etat de 1,5 million d'euros, une perte des recettes de la CAF de 400 000 euros, une réduction des droits de mutation de 2,5 millions d'euros..." Euro + euro = les totaux. "La Ville a un besoin qui s'élève à 11 millions d'euros". D'où la proposition d'augmenter les impôts, en décembre, au conseil municipal.
Fabien de Sans Nicolas (UMP) a sorti ses chiffres à lui pour dénoncer "cette manière que vous avez toujours de vous dédouaner sur un prétendu désengagement de l'Etat". Il a parlé de "matraquage fiscal" et critiqué la hausse "sous votre mandature, des frais de fonctionnement". 











