| "Dans ce film, je suis le patron" |
Cela fait combien de temps que vous êtes sur le projet de “Mesrine” ? En fait, tout a commencé il y a sept ans. Naturellement, entre-temps, j’ai beaucoup tourné. Mais le projet était lancé, lorsque Thomas Langmann m’a téléphoné, juste après la sortie de “Sur mes lèvres” de Jacques Audiard, pour me dire qu’il voulait produire un film sur Mesrine et qu’il voudrait que j’interprète le rôle. J’ai été tout de suite intéressé, mais j’ai attendu pour voir. Le premier scénario qui a été écrit, et qui devait être tourné par Barbet Schroeder, voulait faire de Mesrine un héros : je trouvais que ça ne collait pas, je me suis retiré du projet, et finalement, celui-ci a capoté. Mais j’avais dit à Thomas que j’étais toujours disponible si les choses se remettaient en route. Du coup, j’ai fait autre chose, mais l’idée continuait à tourner dans ma tête. Et du coup, j’ai eu tout le temps de lire, de me documenter, de rencontrer des gens : il s’est opéré une sorte de maturation, et quand Thomas est revenu, avec un nouveau scénario, un nouveau réalisateur, Jean-François Richet, et une nouvelle vision du film qui correspondait à ce que j’attendais, là les choses se sont mises vraiment en route.
Oui. Je me suis forcé à grossir, j’ai pris 20 kilos en quatre mois, et on a commencé tout de suite par la fin, parce que je savais que, sur le tournage, ces kilos-là, j’allais forcément les perdre. Ce qui s’est passé, d’ailleurs, j’ai retrouvé mon poids de forme en 9 mois, le temps exact qu’a duré le tournage.
Il est plus clair, pour moi. Mais je ne peux que supputer ce qu’il était. Pour l’interpréter, j’ai fait ce que je fais toujours : j’ai cherché une colonne vertébrale autour de laquelle structurer le personnage, lui donner une logique. C’est cette logique qu’il faut construire, pour que tout soit bien ficelé, et intéressant. Mais la vérité, sa vérité, je ne la connais pas. C’est un gros film, en deux parties, avec autour de vous énormément d’acteurs, et de gros enjeux financiers ? Et tout repose sur vous. Comment vivez-vous cette responsabilité ? Merci de me mettre encore un peu plus la pression ! Mais vous avez raison. Dans ce film, je suis le taulier, le patron, c’est moi qui reçois. J’y ai beaucoup pensé avant, je me suis posé des questions: mais le côté risqué est en lui-même intéressant. Avec le temps, j’ai appris à intégrer le doute, et je dirai même que curieusement, le doute me rassure.
J’ai une immense admiration pour lui et un respect absolu. C’est un acteur générationnel : dans sa génération, il y en avait deux, l’autre, c’était Patrick Dewaere. Moi aussi, je suis générationnel, et on m’a proposé plusieurs fois de tourner avec lui. J’ai toujours retardé, tant que ce ne serait pas le bon truc, parce que je voulais que ce soit bien. Et là, c’était le bon truc. Croiser le fer avec quelqu’un de son envergure ça n’est pas rien. Il a été formidable, de discrétion, de disponibilité, de ponctualité même : très différent de la réputation qu’il peut avoir. Et j’ai pu voir ce qui fait sa force, inégalable : son instinct, cette capacité d’analyser les gens. En une seconde, il vous regarde, il vous jauge, et vous êtes à poil… Que ressentez-vous à la disparition de son fils ? (L’interview a été réalisée le jour où l’on a appris la mort de Guillaume Depardieu) Je n’ai jamais joué avec lui. Mais j’ai pu mesurer, à me confronter avec Gérard, ce que cela a dû être d’être le fils d’un tel père. J’ai toujours regardé Guillaume avec une grande tendresse. L’annonce de sa disparition est pour moi comme un coup de matraque. Et elle me laisse un sentiment de gâchis énorme.
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Sa performance impressionnante dans les deux volets du "Mesrine" de Jean-François Richet (sorti le 22 octobre), tout comme ses choix de carrière et ses tournages hollywoodiens, qui lui ont apporté une stature internationale, le confirment : dans la nouvelle génération, Vincent Cassel est l'acteur public numéro 1. Interview.



















