| "J'ai grandi avec le western" |
Dans “Appaloosa” (sorti le 1er octobre), Ed Harris retrouve la grande piste oubliée du western, dans un film hommage à toute une mythologie du cinéma, où, en shérifs tirant plus vite que leur ombre, lui-même et Viggo Mortensen composent une superbe balade de l’amitié. Les deux amis étaient les invités du festival de Deauville : cap à l'Ouest... et interview.
Viggo, comment vous êtes-vous préparé à tourner un western ? J’ai revu beaucoup de westerns classiques, de John Ford à Anthony Mann. Comme beaucoup de kids, j’ai grandi avec le western, que je voyais surtout à la télévision. J’ai toujours adoré ça. Mais, en fait, je n’ai pas fait ce film d’abord pour faire un western. Je l’ai fait parce que j’y ai trouvé une qualité de texte, de dialogue, de peinture des relations humaines, et que je sentais que ce serait un beau film. Par ailleurs, la période, 1880, m’intéressait tout particulièrement. Je me suis beaucoup renseigné, j’ai lu beaucoup de livres sur ces années-là.
Pour moi, l’essence et le cœur de ce film, c’est l’amitié entre ces deux hommes. Par mon expérience personnelle, je suis quelqu’un qui a toujours eu des amis chers. J’ai grandi dans le New-Jersey, et mes amis de l’époque, avec qui je faisais du sport et j’allais à l’école, sont restés mes potes : 45 ans après, ils sont toujours là. Avec Viggo, j’ai cette relation d’amitié personnelle : c’est avec lui que je voulais faire ce film, et avec personne d’autre. C’est le premier type à qui j’ai pensé, et ça a été le seul. Viggo : Pareil pour moi. Si ce n’avait pas été Ed qui me le demande, je n’aurais pas fait le film.
Cette histoire d’amitié que je raconte, et qui est pour moi l’élément premier, il se trouve qu’elle se déroule dans le cadre d’un western. J’étais partie avec ma famille faire une balade à cheval de plusieurs jours, et j’avais emporté le roman qui sert de support à “Appaloosa”. J’ai trouvé que ce ferait un film formidable, et une belle occasion de rendre hommage au western, qui pour moi est un genre majeur du cinéma américain. D’où le soin que j’ai voulu apporter à tout, au moindre détail. Il fallait que tout soit conforme. Je suis fier de ce travail d’authenticité : les objets, les tables, les balustrades, les papiers peints, tout a été reconstitué à l’identique. Avec cette autre volonté, qui était de retrouver le temps du western, celui d’une époque où la durée s’étirait davantage, où la vitesse n’avait pas tout envahi : retrouver un rythme. Et retrouver aussi cet élément essentiel du western : l’espace, les grands espaces. J’ai voulu rendre hommage aussi aux paysages du western. Viggo : je voudrais ajouter quelque chose. C’est un beau film de tradition, et je suis fier de l’avoir fait comme tel. Mais il y a aussi, dans l’histoire d’amitié qu’il raconte et dans la relation entre les deux personnages, quelque chose qui se manifeste : la fin d’une liberté personnelle. Et cela, ça vaut aussi pour aujourd’hui.
“Appaloosa”, de et avec Ed Harris, et avec Viggo Mortensen, Jeremy Irons et Renée Zellweger, - E.-U., 1h55
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