| Amalric: "C'est infiniment plus dangereux de tourner avec Desplechin que dans un James Bond" |
Qu’est-ce que cela fait d’être sollicité pour interpréter le rôle du méchant dans un James Bond ? Pas mal de fierté, surtout quand on pense à la liste de comédiens impressionnants qui ont déjà tenu ce rôle : Donald Pleasance, Louis Jourdan, Michael Lonsdale, Max Von Sydow, Robert Carlisle, et tant d’autres, qui venaient souvent d’ailleurs du théâtre et d’univers très éloignés de la série. Avez-vous demandé à Marc Forster pourquoi il vous avait choisi ? Ce n’est pas à lui que j’aurais osé le demander, mais je me le suis demandé à moi-même, forcément. Il m’a dit qu’il avait pensé à moi après m’avoir vu dans “Munich”, ce qui est normal, mais aussi dans “Rois et reines”, ce qui est plus surprenant. En fait, après avoir lu le scénario et avoir beaucoup discuté avec lui, je me suis rendu compte qu’à travers moi, il voulait incarner ce qu’est un méchant d’aujourd’hui.
Un méchant ordinaire. Des types comme ça, qu’on ne voit pas, qui paraissent normaux, charmant même, comme des hommes d’affaires qu’on croiserait dans un aéroport. C’est ça qui est effrayant. Comme le fait qu’il masque son action criminelle derrière l’écologie. En lisant le scénario, je me suis dit que ça correspondait bien à notre monde, et la crise actuelle ne fait quez le confirmer : on vit dans un monde où on est tous largués, où on ne sait plus qui est qui et qui fait quoi, qui contrôle qui et qui manipule quoi.
J’aurais adoré ça, et j’ai même proposé à Marc Forster de me transformer en affreux chauve, de me mettre une horrible cicatrice ou un œil qui saigne. Il m’a dit : Non, ton regard suffira. J’ai donc cherché à interpréter le personnage en dedans, à lui donner une sorte de retrait, de timidité, quelque chose qui aurait à voir avec une impuissance sexuelle.
C’est plus difficile physiquement de tourner un James Bond ou de tourner avec Desplechin ? Vous ne croyez pas si bien dire : c’est infiniment plus dangereux de tourner avec Desplechin. Dans un James Bond, tout est réglé, même si les cascades demandent un engagement physique complet (pour lequel je me suis soumis à un entraînement intensif) et si on finit les scènes plein de bleus et de courbatures, tout cela est fait avec toutes les normes de sécurité voulues. Avec Desplechin, rien de tel : quand il me demande, dans “Un conte d’hiver” de m’étaler comme ça, de tout mon long, sur le pavé, je découvre que ma tête est passée à quelques centimètres du bord du trottoir et qu’on peut se tuer en tombant comme ça, tout simplement. .
"Quantum of Solace", de Marc Forster, avec Daniel Craig, Mathieu Amalric, Olga Kurylenko et Judi Dench - E.-U., 1h47.
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A priori, on ne l’attendait pas dans un James Bond. Lui le comédien favori de Desplechin et des frères Larrieu, lié à un cinéma de réputation plutôt intello, voici qu’on le découvre en méchant œuvrant dans l’ombre pour dominer le monde dans “Quantum of Solace”. Rencontre avec un comédien décidément protée… 



















