Je voulais trouver une unité à mon film, qui est un film à sketches. L’unité formelle me paraissait parfaite, et j’avais envie de me faire du noir et blanc au moins une fois dans ma vie; mais comme le format 1/37 était trop compliqué, du coup j’ai tourné en 1/66 avec des caches.
Vous êtes fan de Charlot et du cinéma burlesque ?
Entre autres. J’ai découvert Charlot assez tard, en regardant ses films avec mon fils. J’ai trouvé ça non seulement à hurler de rire mais incroyablement beau. Ceci dit, j’ai toujours été fan de cinéma : mon père était serrurier Porte de Clignancourt ; il adorait le cinéma de genre américain, les polars, les westerns, Kirk Douglas et Bogart surtout. Moi, plus tard, j’ai été bluffé par Belmondo, puis par Depardieu et Dewaere dans “Les Valseuses”. Et puis, bien sûr, ayant partagé la vie de Marie Trintignant, j’ai appris à connaître son père Jean-Louis. J’aime l’homme autant que l’acteur, je le respecte profondément, et je me suis juré qu’il sera présent dans tous mes films, par une photo, un enregistrement de sa voix…
Vous aimez donc les acteurs. Comment avez-vous choisi ceux du film ?
Pour commencer par Edouard Baer, je ne l’ai pas choisi, puisque c’est Sergi Lopez qui devait faire le rôle et qui s’est cassé une jambe. Edouard l’a remplace, au sens propre, au pied levé. Le premier que j’ai choisi, c’est Jean Rochefort : il a été tout de suite très curieux de mon film ; puis Terzieff, qui représente pour moi le théâtre à lui tout seul ; puis les piliers, Kalfon, Dumas, Venantini. L’envie, avec eux, de retrouver un cinéma de bande.
Et Bashung et Arno ?
J’ai écrit pour eux, sans savoir s’ils accepteraient. S’il y avait eu le moindre pépin, le film ne se serait pas fait. Mais ils ont dit oui aussitôt. Ceci dit, Arno a disparu pendant trois mois, et je me demandais bien ce qui allait se passer. Il est réapparu sur le plateau au jour convenu. Lui et Bashung ne se connaissaient pas : ce sont des personnes très douces, qui ont tout de suite trouvé entre eux le ton juste.
Reste Anna Mouglalis… 
C’est ma compagne, et elle était enceinte. Le film avait pris un peu de retard et, de jour en jour, ça commençait à se voir. Mais finalement on a réussi à ce que ça n’apparaisse pas trop. Elle a su créer son personnage de façon étonnante. Elle était très excitée par le rôle, parce que c’est la première fois qu’on lui proposait de faire rire : mais c’est une performer, qui joue très physique. Et puis j’ai trouvé que son corps sur l’affiche, avec le bébé dans les bras sur son sein nu et le revolver glissé dans la ceinture du jean, ça avait un côté surprenant, une atmosphère un peu bizarre, qui correspondent parfaitement au film lui-même.
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