| Binoche: "J'ai appris à faire des pancakes" |
Juliette Binoche est certes française, mais elle a à l’évidence parfaitement réussi son examen de passage dans le cinéma américain : un Oscar, déjà, pour “Le Patient anglais” ; aujourd’hui un premier rôle au côté de Steve Carell, une valeur montante, dans “Coup de foudre à Rhode Island” (sorti le 17 septembre), une comédie romantique typique du genre… Interview
Vous, Juliette Binoche, comédienne française, vous voilà tourner dans un film de genre typiquement américain ; et votre personnage, Marie, étrangère à une famille typiquement américaine, se retrouve à essayer de s’intégrer à elle. Y a-t-il un rapport à établir entre les deux ? Oui, vous avez raison. D’autant plus que lorsque je suis arrivé sur le plateau, je sortais du film d’Hou Hsiao-Hsien, “Le Ballon rouge”, réalisé avec trois fois rien – genre un plan, une prise – et que je me suis retrouvée sur un tournage à l’américaine : cent caravanes, une équipe énorme… On m’avait dit que ce serait un film à petit budget : mais un petit budget américain, c’est quelque chose ! La question de l’intégration s’est donc posée pour moi, comme elle se pose d’ailleurs toujours : j’ai les mêmes problèmes à m’intégrer à une famille française que mon personnage à la famille américaine. En tout cas, j’ai appris à jouer au football américain, à faire des pancakes. Et j’ai travaillé mon personnage dans ce sens-là : en lui donnant un côté un peu orphelin caché, qui fait qu’on a envie de l’adopter. Ce qui arrive à mon personnage, c’est un peu ce qui m’est arrivé à moi aussi sur ce film.
La première fois que Peter Hedges nous a réunis, il nous a fait chanter. Ça m’a beaucoup étonnée, parce que je ne chante pas dans le film. En fait, il voulait voir si nous nous accordions, si nous allions bien ensemble. Il a trouvé que l’alchimie fonctionnait. Après quoi, quand on commence à tourner, c’est toujours la même chose : il y a d’abord un travail de préparation très personnel, individuel, secret même, pour pouvoir aller ensuite avec l’autre. Et quand on joue avec son partenaire, les choses se font alors naturellement : on cherche, et cela a été sensible avec Steve, la vérité du moment. C’est comme quand on peint : ça vient de la passion même que l’on a et qui vous anime.
Carole Bouquet disait l’autre jour qu’il n’y a pas en général de beau rôle pour une actrice française dans le cinéma américain : êtes-vous l’exception à la règle ? Je n’ai pas de réponse. Ce que je sais, c’est que chaque jour que l’on vit, comme chaque rôle que l’on tient, est une exception. On doit se fabriquer son propre chemin.
On en est aux tout derniers préparatifs, et c’est pour moi un vrai challenge. D’abord parce que je me suis impliquée dans la co-réalisation du spectacle, mais aussi parce que la danse est une façon pour moi de poursuivre mon métier d’actrice. C’est une autre façon de s’exprimer, un angle différent, mais qui ne me fait pas changer de voie. Si le spectacle va m’éloigner des tournages pour quelque temps, j’ai déjà des projets de cinéma à venir, et notamment un film avec Kiarostami en 2009, dont le titre est déjà trouvé : “ Copie conforme”. Pour moi, ce qui compte, c’est de parvenir à être ce que je suis. Il y a une phrase que j’aime particulièrement : «Va vers toi-même». C’est ce que j’essaie de faire.
“Coup de foudre à Rhode Island” de Peter Hedges, avec Juliette Binoche, Steve Carell et Dane Cook - E.-U., 1h36.
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