| Daniel Day-Lewis: "Il faut apprendre, toujours et encore" |
Étourdissant dans “There will be blood”, il porte le jeu du comédien à un point d’incandescence rarement atteint. Il a d’ailleurs reçu un oscar dans la nuit de dimanche à lundi, pour sa performance dans ce film. Rencontre avec celui qu’on désigne comme le plus grand acteur du monde. Et qui en rit… Voilà que les prix s’accumulent et que vous raflez tout: Golden Globes et Sag Awards américains, Bafta anglais, nomination à l’Oscar [interview réalisée avant la cérémonie des Oscars]. Est-ce important pour vous, et comment recevez-vous cette pluie de récompenses? "Le reste, j’en ris un peu. Avec cette jouissance particulière de me voir ainsi récompensé par des prix de bon élève, moi qui, dans ma jeunesse, étais plutôt du genre rebelle, hooligan si vous préférez". Dans le film de Paul Thomas Anderson, est-ce le rôle qui vous a d’emblée attiré? "C’est lui d’abord, Paul Thomas Anderson, qui m’a attiré, l’intérêt que je portais à ses films, le désir que j’avais de tourner avec lui. Je ne le connaissais pas, mais le courant est passé: j’ai vu que c’était un lunatique, un fou comme moi. Et qui me proposait le rôle d’un type qui a aussi une folie en lui. Dès qu’il m’a envoyé le script, j’ai été plus qu’attiré par ce personnage". Vous ne parlez pas souvent de votre façon de prendre un rôle. Comment mijotez-vous votre cuisine? "Il n’y a pas de recette qu’on pourrait appliquer d’un film à un autre. L’art du jeu d’acteur, ce n’est pas une science exacte. La seule chose que je crois nécessaire et constante, c’est qu’il faut apprendre, toujours et encore. Et en même temps, il y a, indéfinissable, une part d’imagination nourrie par l’inconscient. Pour chaque film, pour chaque rôle, il y a un mystère au centre de l’interprétation qu’on donne. C’est toujours le même système qu’on applique, mais sans jamais avoir la garantie qu’on trouvera ce qu’on cherche". Y a-t-il, dans le jeu, une part de solitude, celle que l’on trouve précisément chez votre personnage? "Je ne dirais pas de solitude, mais plutôt d’isolement. Le jeu d’acteur réclame l’isolement préalable, la plongée en soi; ce sont les fondations du travail qu’on va faire. Mais en même temps, ça ne sert à rien s’il n’y a pas ensuite une correspondance avec les autres. On ne joue jamais seul, et mon travail n’a aucune valeur s’il ne rencontre pas celui de mes partenaires. Pour ce qui est de la solitude de Daniel Plainview, mon personnage, elle me semble procéder d’une autre configuration. Lui aussi se forge dans l’isolement, dès le début, au fond du trou qu’il creuse. Mais il y perd tout sentiment d’autrui. Plus tard, il est forcé, s’il veut acquérir les terres, d’avoir des alliances avec des gens pour qui il ne ressent plus rien. Il a en quelque sorte perdu son âme. C’est quelque chose qui me fait réfléchir: je crois que dans la vie, l’âme a une vie plus courte que le corps. Lui, alors que son corps vit encore, son âme n’existe plus depuis longtemps. Or c’est l’âme qu’il faut faire vivre". Et pour finir, la bande-annonce du film :
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