| Delon : "César ? Ca ne se refuse pas !" |
Asterix est revenu. Après l’adaptation classique du premier, après le feu d’artifice Chabat du deuxième, Thomas Langmann, le producteur, a choisi de revenir à l’esprit BD. Comment ? En visant surtout... la classe enfantine. A la tête du casting quatre étoiles (Depardieu, Cornillac, Poelvoorde, José Garcia, etc.), Delon fait du Delon. Interview. "Vous aviez eu, il y a quelques années, des mots assez durs pour le cinéma français et vous aviez décidé de ne plus tourner. Aujourd’hui vous revenez, et dans un film français : pourquoi ? J’avais dit que le cinéma français, comme le cinéma italien, n’existaient plus dans leur entité, et que je n’avais pas envie de travailler avec les réalisateurs qui le représentaient alors. Mais j’avais dit aussi que je ferais volontiers quelques parenthèses et que si des gens comme Luc Besson ou Polanski m’appelaient, je répondrais présent. Et, de fait, c’est Thomas Langmann qui est arrivé... Alors, pourquoi lui avez-vous dit oui ? Parce que j’ai reçu le scénario qu’il m’a fait passer et que, dès que j’ai lu la première scène et que j’ai vu le rôle qu’il me proposait, je l’ai refermé et je lui ai dit : OK, je le fais. Un personnage comme ça, dans un casting comme ça, ça ne se refuse pas. Jules César, ça vous a demandé une préparation particulière ? Non. Je ne me prépare pas, parce que je fais ce métier depuis cinquante ans et que j’ai toujours fonctionné de la même manière. Je lis, j’accepte ou non, et si c’est oui, je me glisse dans le personnage comme dans un costume. Finalement, les choses sont plus simples qu’on ne le croit.
Est-ce que vous êtes un lecteur de B.D. Et Astérix, vous en êtes fan ? La BD, ce n’est pas vraiment mon truc. Mais, naturellement, quand j’étais plus jeune, j’en ai lu, et comme tout enfant, j’avais des idoles. Ma sœur adorait Bécassine. Moi, mon héros, c’était Lucky Luke, l’homme qui tire plus vite que son ombre. C’est peut-être un peu pour ce côté "qui tire plus vite que son ombre" que j’ai choisi de faire les films que j’ai faits. Est-ce que vous avez improvisé en quoi que ce soit ? Jamais. Tout est écrit, et j’ai horreur de l’improvisation. Pour moi, le scénario et les dialogues, ça a toujours été : béton. Pourtant, on a l’impression qu’il y a pas mal de vous dans le personnage, et que vous-même en riez. Ce qui évidemment fait rire... Si je fais rire, c’est que j’ai réussi. Pour le reste, il faut rendre à César ce qui revient à César, et à moi ce qui revient à moi. Quand vous voyez Brutus s’opposer si violemment à son père, est-ce que vous vous dites, en tant que père vous-même d’un fils avec qui vos relations n’ont pas toujours été faciles, que César porte une part de responsabilité ? On est toujours, de quelque manière, responsable du comportement de ses enfants. Mais sur ce plan, il n’y a pas besoin de convoquer Lacan. Ceci dit, ce que César répond à Brutus, quand celui-ci lui reproche de lui casser tout ce qu’il entreprend et qu’il se plaint en geignant «Ah ! si maman avait été là», je le reprends à mon compte : «Arrête avec ta mère !»
Le film regorge d’effets numériques et de technologies nouvelles. Comment voyez-vous cela ? Tout cela me dépasse. Je regarde ces technologies avec des yeux ronds, comme je regarde ma fille quand elle navigue sur son ordinateur. Mais ça m’amuse et je trouve le résultat fabuleux : me voir faire le salut de César devant des dizaines de milliers de gens, même s’ils sont multipliés sur ordinateur, ça fait de l’effet ! Est-ce que vous aimez la comédie ? Sur ce point, je réponds par une image que j’ai souvent utilisée. Imaginez un train qui entre en gare. Il y a deux types : Belmondo met son nez à la fenêtre : tout le monde se marre. Moi je me montre : personne ne rit... J’aime la comédie, c’est elle qui ne m’aime pas. Ça explique que je n’en ai fait que trois dans ma carrière : "Notre histoire", et encore c’était une comédie très noire, "Doucement les basses", et aujourd’hui "Astérix". Vous le regrettez ? Pas vraiment. Et puis, quand je me vois en empereur romain (sic), avec ma petite jupette qui fait beaucoup d’effet, je me dis que c’est bien d’avoir attendu mon âge pour la porter..." Propos recueillis par Jean SERROY
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