| Et Dieu créa Louise Bourgoin |
Dans “La Fille de Monaco” (sorti le 20 août), où elle interprète avec une belle liberté une Miss Météo qu’on dirait sortie de Canal Plus, Louise Bourgoin non seulement résiste à la confrontation avec Fabrice Luchini, mais elle impose d’emblée, pour son premier rôle au cinéma, une vraie nature et un naturel qui ne l’est pas moins. Comment devient-on Miss Météo, sur Canal Plus ? C’est une vocation d’enfance ?
Pas du tout. En fait, c’est un pur hasard. Mes parents sont profs, et moi aussi je voulais l’être : mais j’ai raté mon Capes d’Arts Plastiques, et il m’a bien fallu chercher autre chose. Je suis tombée comme ça, sans vraiment l’avoir cherché, sur une chaîne du câble pour enfants, où je suis restée deux ans, puis j’ai fait un casting pour Canal, où je me suis donc retrouvée en charge de la météo. Tout ça, c’est finalement une bonne formation : je m’y suis épanouie, d’autant que c’est moi qui écris mes textes sur Canal, qui choisis les musiques, qui participe au montage ; ce que je fais avec la météo, ça s’apparente un peu au théâtre.
Là aussi, par hasard. J’ai croisé Fabrice Luchini, c’est lui qui m’a remarqué, et c’est lui qui a parlé de moi à Anne Fontaine, qui cherchait quelqu’un. Elle a d’abord été réticente, du fait que je ne suis pas comédienne. Mais j’ai su la convaincre que j’étais une bonne menteuse.
Pas du tout. Là encore, c’est un hasard. Quand j’ai lu le scénario et que j’ai vu ce que faisait mon personnage, je lui ai même demandé si elle ne pouvait pas changer : lui faire présenter le Loto ou un jeu quelconque. J’avais peur qu’on fasse l’assimilation entre le personnage et moi. Et qu’on croie que toutes les présentatrices météo sont de terribles arrivistes, prêtes à tout pour parvenir. Ce qui n’est pas, mon cas…
En effet, mais je ne me suis pas posé de questions, et je n’ai pas eu à m’en poser : Fabrice m’a immédiatement mise à l’aise, il a su me détendre. Et puis ça me plaisait, avec mon 1m90 sur talons (et 1m78 sans), de le dépasser d’une bonne tête… Quant à Roschdy, il m’a beaucoup apporté aussi, en m’apprenant à jouer avec son regard. Je n’y étais pas habituée : à la télévision, le seul œil qu’on a en face de soi, c’est celui de la caméra.
Vous allez poursuivre côté cinéma ?
Sans doute. En tout cas, je reçois énormément de scénarios : pratiquement un par semaine depuis un an ! Et j’ai plusieurs films qui arrivent : le prochain sera de Gilles Marchand, “Black even”, où j’interprète une gothique suicidaire ; après quoi il y aura le premier film d’Emma Luchini, la fille de Fabrice, avec que je suis devenue amie intime : ça s’appellera “Sweet Valentine” ; j’aurai aussi un petit rôle de fleuriste dans “Le Petit Nicolas”.
Pas du tout. On m’avait dit : Canal Plus, tu vas voir, c’est plein de coke, de requins, de putes. En fait, pour moi, ça a été hyper-familial, un vrai cocon. Quant au film, j’ai vécu ça comme une sorte de colo. Dans les deux cas, j’aime bien. Même si mon vrai territoire de cœur, ça reste le dessin et la peinture. Je dessine depuis que je suis gamine. Et avec mon copain, qui est artiste, on a bien l’intention de réaliser un jour ensemble des installations, de concrétiser notre passion commune. Reste que je vais faire du cinéma de façon : Anne Fontaine m’a conseillée de prendre des cours de chant, car j’ai tendance à partir en vrille avec ma voix dans les aigus. En revanche, j’hésite à prendre des cours d’acteur. J’ai peur d’y perdre mon naturel. Or Fabrice prétend que c’est mon atout majeur…
“La Fille de Monaco” d’Anne Fontaine, avec Fabrice Luchini, Roschdy Zem et Louise Bourgoin – France, 1h35.
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