| Faire un film "qui fiche la frousse !" |
Night Shyamalan, vous inventez toujours des histoires extraordinaires. Comment avez-vous eu l’idée de celle-ci ?
N. S. : Beaucoup pensent que je n’ai en tête que des choses terribles. En fait, dans le cas présent, l’idée m’est venue de façon très simple. Je roulais sur l’autoroute depuis deux heures, une certaine monotonie s’était installée, et je regardais les arbres qui défilaient de chaque côté de la voie et qui donnaient l’impression de se pencher sur la route. J’ai eu l’impression qu’ils inscrivaient comme une cicatrice dans le paysage, et je me suis dit : et si les arbres agissaient ? et s’ils s’en prenaient aux hommes ? Je commence toujours par là, en me disant : et si ? Et ça marche.
Mark Wahlberg, parmi ceux qui cherchent à échapper au phénomène de destruction, votre personnage parvient s’en tirer. A votre avis, pourquoi lui, et pas les autres ?
M. W. : C’est une question que je me suis posée. Je crois que c’est parce qu’il a un cœur, une énergie positive. Cela se traduit avec la femme qui est sa compagne, et à qui il apporte justement le côté positif de la vie. Il a une innocence qui est porteuse d’espoir. N. S. : Je voudrais répondre aussi à cette question. Outre ce que Mark vient de dire, et qui est l’essentiel, il y a aussi un autre aspect qui me tenait à cœur. Son personnage est un scientifique, mais qui pense que la science ne peut résoudre tous les mystères : c’est son côté humain. Mark a ce côté-là, et je l’ai choisi d’abord pour ça. Pendant la préparation du film, j’ai lu une biographie d’Einstein : dans sa jeunesse, il était athée et pensait pouvoir tout résoudre par la science ; progressivement, il s’est rendu compte qu’il y avait des trous dans la connaissance, et il a fait place à autre chose, au destin, à une autorité supérieure ; il est revenu à la religion.
Quelle place avait la dimension politique, écologique dans votre projet ?
N. S. : Elle n’est pas première. Mon but premier, tout simple, et excitant, c’était de faire un film qui fiche la frousse. Après quoi, j’ai naturellement pensé aux effets secondaires, et à tout ce que le film pouvait porter de sens symbolique. Mais ce que je voulais, c’était d’abord que tout le monde, et même un gamin de 12 ans, puisse regarder ça et se piquer une grosse peur. Puis, après, de faire réfléchir.
M. W. : Quand il m’a proposé le rôle, j’ai tout de suite su que ce serait un vrai défi pour moi. Je me suis demandé si j’avais la capacité d’être cet homme innocent qu’il voulait que je sois : j’ai eu mon lot de problèmes, y compris avec la justice. Mais sans doute a-t-il vu profond en moi. Toujours est-il qu’à partir du moment où nous avons travaillé, il a été un vrai boss, qui m’a constamment guidé : il ne vous laisse jamais tranquille, c’est un perfectionniste intransigeant, un créateur constamment exigeant sur son art.
N. S. : En fait, avec Mark, j’ai eu l’impression d’avoir trouvé mon James Stewart.
M. W. : Tu aurais pu être sympa et dire plutôt ton Gary Grant…
“Phénomènes”, un film de Night Shyamalan, avec Mark Whalberg et Zooey Deschanel – E.-U., 1h30.
|
Aucun commentaire posté
| < Précédent | Suivant > |
|---|

Dans “Phénomènes” (sorti le 11 juin 2008), le cinéaste Night Shyamalan et son interprète Mark Wahlberg font passer le frisson de l’angoisse, en confrontant l’humanité à la grande peur apocalyptique. Rencontre avec deux artisans de l’épouvante. 



















