| Michel Gondry: "Je ne peux pas m’empêcher d’être du côté de ceux qui copient" |
Pour son quatrième film, "Soyez sympas, rembobinez", qui sort ce mercredi 5 mars, l’ex-clippeur de Bjork poursuit sa science des rêves du côté des blacks new-yorkais et du cinéma anti-hollywoodien : la french touch...
Vous avez tourné dans une petite ville du New Jersey. Pourquoi ? C’est une ville que je connais bien, et dont j’ai vu tout de suite les possibilités. Elle me permettait de traiter en direct le vrai sujet de mon film, qui est social: celui de la communauté noire, et de tout ce qu’elle a subi de la part des blancs. Longtemps, j’ai eu peur d’aborder les problèmes de communauté. Puis j’ai compris beaucoup de choses en tournant “Block party”, en particulier la façon dont fonctionnent les noirs. Mais il m’a fallu faire du chemin pour en arriver là, moi qui suis né près de Versailles, dans une société blanche, dans un milieu catho. C’est pour cela que vous faites une si grande place à la figure de Fats Waller ? Oui. J’ai choisi d’en faire un peu l’icône centrale du film, non seulement parce que c’est un musicien de jazz prodigieux, que j’aime énormément, mais aussi parce qu’il représente une sorte de résistance du pauvre contre le riche. Sa vie a été difficile, marquée par un physique de “fat man”, par la boisson, par la misère ; mais c’était un génie prolifique, dont la musique est une preuve vivante de vitalité, d’autonomie, de résistance. Un peu comme vos personnages de bricoleurs de vidéo font de la résistance au système du cinéma ? Oui; le parallèle m’apparaissait intéressant. Le racisme fait partie de l’histoire du cinéma hollywoodien: il n’y a qu’à voir les films de Griffith, le père fondateur; et le premier film parlant, “Le Chanteur de jazz”, barbouille un blanc en noir pour s’approprier en quelque sorte la musique des blacks. Mes bricoleurs vidéo se réapproprient en quelque sorte le cinéma, en “suédant” les films hollywoodiens. Comment cela s’est-il passé, précisément, pour les droits des films que vous parodiez ? Et quelle est votre position sur le piratage ? Nous avons payé des droits pour les jaquettes des films vidéo. Mais pas pour les remakes eux-mêmes: il s’agit de créations originales, et donc libres. Pour ce qui est du piratage, même si je comprends parfaitement les implications économiques que cela présente, je ne peux pas m’empêcher d’être du côté de ceux qui copient. Je crois, en fait, que, étant donné l’évolution des techniques, il faut réinventer le rapport à l’œuvre. Et mon film, c’est aussi une façon de dire aux gens de faire leurs propres films. Est-il vrai que vous allez tourner votre prochain film avec votre fils ? Oui. Ce sera un dessin animé. Mon fils a 16 ans, et un univers incroyable, complètement noir, déjanté, hallucinant. L’autre jour, il m’a rapporté une note de l’école. Son professeur avait trouvé le carnet de dessins qu’il avait laissé traîner et il avait porté en marge: devrait voir de toute urgence un psy… Ça m’inquiète un peu, bien sûr, mais en même temps je sais ce que représente l’imagination à cet âge. Et puis, tourner avec son fils, c’est quelque chose d’unique, et ni lui ni moi, on ne veut s’en priver. Et voici la bande annonce:
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