| Oliver Stone: l'homme des présidents |
Comment avez-vous conçu l’esprit de votre film ? On a l’impression que vous avez voulu trouver un dosage entre ironie et compassion. Pour moi, George Bush est la principale figure politique des Etats-Unis depuis Kennedy. Il a changé la vision de l’Amérique dans le monde, ainsi que la façon de régler les problèmes du monde, en renforçant de façon sensible le pouvoir exécutif. En ce sens, il m’intéressait, parce que c’est un président improbable, dont on n’imaginait pas qu’il puisse être ce qu’il a été. Je n’aime pas Bush et sa politique, mais, en me documentant sur lui, j’ai voulu l’aborder par son côté humain, ce qui explique la compassion. Et si je ne suis pas tendre avec lui, je n’ai pas voulu pour autant en faire une critique acerbe : on ne tire pas sur une ambulance. Vous privilégiez les rapports avec son père, où vous voyez largement une explication du personnage ? Oui. Je l’ai vu, de façon symbolique, à travers des mythes : celui du fils prodigue, mais celui surtout d’Icare qui veut voler jusqu’au soleil pour montrer à son père Dédale qu’il peut le faire, et qui s’y brûle les ailes. Je crois que c’est une clef essentielle. Le fait que que votre film sorte à quelques semaines d’une élection capitale qui va désigner son successeur est-il volontaire de votre part ? On ne sait jamais trop quel est le bon moment pour sortir un film ; et sans doute d’ailleurs n’y en a-t-il pas. Simplement, entre 2004 et 2006, de nombreux livres de journalistes sont sortis, qui ont enquêté sur la vie de George Bush. Plus tôt, je n’aurai pas eu ce matériau nécessaire. Plus tard, ç’aurait, je crois, été trop tard : il était urgent de le sortir maintenant. George Bush laisse l’Amérique dans un état proche du cauchemar. C’est maintenant qu’il fallait donc se poser la question : comment en est-on arrivé là ? Avez-vous subi des pressions ? Bien sûr, surtout financières. Je n’ai pu disposer que d’un budget restreint : en Louisiane, au Texas, dans nombre d’états, le projet a suscité beaucoup de résistances de la part des milieux financiers. Mais on a réussi à le faire. Et en 6 jours de sortie aux Etats-Unis, le film a déjà récupéré la moitié de son coût. Nicolas Sarkozy vous semble-t-il présenter le même type d’approche du pouvoir, notamment médiatique, que Bush ? Etant invité en France, je ne parlerai pas de son président, si ce n’est pour dire qu’il est allé voir Bush à un mauvais moment, et que je suis bien content qu’il ait trouvé Carla. Elle est fabuleuse. Et, pour parler d’un président français, le vrai héros, pour moi, c’est Chirac, lorsqu’il dit non à l’intervention en Irak. Si les Américains élisent Obama, n’est-ce pas pour eux, après les Kennedy, les Bush, les Clinton, une façon de dire qu’ils ne veulent plus de dynasties ? Tout à fait. Obama est un réformateur, qui a beaucoup voyagé, qui est ouvert au monde. Je l’apprécie grandement, mais je sais qu’il aura à lutter contre les lobbys, les corporations, le pouvoir militaire (s’il veut rogner son colossal budget). Je ne sais pas trop comment il fera, mais c’est à lui de sortir l’Amérique de ce trou noir qu’est le cauchemar généré par George Bush. “ W. ” , d’Oliver Stone, avec Josh Brolin , James Cromwell, Ellen Burstyn et Elizabeth Banks – E.-U., 2h.
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Familier des “biopics”, Oliver Stone en a tourné deux sur deux présidents emblématiques de l’ère contemporaine, avec “JFK” et “Nixon”, avant de se pencher depuis ce mercredi sur George Bush, avant même que celui-ci ait achevé son mandat, avec “W.” Conversation, forcément politique, avec un réalisateur qui n’a jamais gardé sa caméra, ni sa langue, dans la poche… 



















