| Ecrit par Jean Serroy, le 10-09-2008 13:00 |
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Jar City, de Baltasar Kormäkur
Un film brut et glacial, à l’image de son décor : l’Islande et la rudesse de sa nature ; et les Islandais, à l’unisson.
Quel rapport entre ce bébé qui meurt, porteur d’une maladie héréditaire étrange, et que son père cherche à identifier en remontant le fil des anomalies génétiques, et cette autre mort, elle violente, d’un vieil homme qu’on retrouve sauvagement assassiné ? Quel rapport si ce n’est d’abord celui d’un décor : l’Islande, le vent glacial qui souffle, la terre et la mer qui se confondent dans la grisaille brute de villes sans âmes, de landes rases, d’océan sauvage. Le flic lui-même a cette rudesse : cabossé par la vie – sa fille se drogue, épave qui erre avec les voyous du coin –, il mène sa petite vie étriquée dans un immeuble sans grâce, rythmée entre deux bières par les repas qu’il rapporte du fast-food voisin et qu’il mange sur le coin de la table. Nourriture, au demeurant, qui tient particulièrement au ventre : des têtes de mouton, qu’il dévore en faisant craquer les os et dégouliner le jus, ce qui, par un effet de montage visant manifestement à soulever le cœur, est mis directement en relation avec d’autres chairs infectes, que l’enquête fait progressivement apparaître : des fœtus conservés dans le formol, un corps pourrissant et même, exhalant une odeur insupportable, un cadavre qu’on déterre... Il y a comme une brutalité primitive qui rôde, non seulement dans la monstruosité des crimes, mais dans la trogne même des gens : un tueur sanguinaire et fou enfermé dans une cellule, un ancien flic pourri devenu comme une bête dans son antre, des relents de viols et de secrets enfouis et, couronnant le tout, une maladie génétique porteuse de toutes les dégénérescences. Comme si c’était l’humanité même qui était pourrie. L’intrigue est ingénieuse, qui établira in fine le rapport entre les deux morts initiales, mais, au-delà de son aspect strictement policier, elle vaut surtout par l’enquête qu’elle mène sur un pays, sur les gens qui l’habitent, sur la société rude et qui garde quelque chose de primitif qui s’y est développée. Le polar ici joue, plus que jamais, comme un miroir grossissant. Avec Ingvar E. Sigurdsson et Atli Rafn Siguoarson – Islande, 1h33. Mamma mia, de Phyllida Lloyd Et que ça danse, donc, et que ça chante : avec les tubes d’Abba, on est paré pour la manœuvre ! Le reste, à vrai dire, importe peu, et on ne s’intéresse finalement que d’un œil assez détaché à cette fille qui invite à son mariage les trois anciens amants de sa mère, en espérant trouver parmi eux le père que sa mère lui a toujours caché. Que ladite mère invite aussi de son côté les deux copines avec lesquelles elle formait jadis, dans les glorieuses années 60, un trio infernal ; que le tout se passe dans une île grecque au décor enchanteur de carte postale ensoleillée ; et que le mariage attendu ne se déroule finalement pas exactement comme on le pensait : tout cela n’est, en fait, qu’un prétexte, plutôt ingénieusement ficelé, pour surfer à nouveau sur les rythmes du quatuor mythique. Abba donc, restitué dans le texte et dans le son, avec lyrics impeccables, numéros de danse à l’unisson, et surtout chansons increvables interprétées par les comédiens eux-mêmes. Façon de vérifier que les acteurs américains savent tout faire, et tout particulièrement Meryl Streep, à la voix et à l’abattage impressionnants. Façon de vérifier aussi que les producteurs américains savent flairer les bonnes recettes : celle-ci, qui joue sur la nostalgie, le savoir-faire, le rythme et la romance, est moins faite pour toucher que pour plaire. il faut s'en contenter...
Avec Meryl Streep, Pierce Brosnan, Colin Firth et Amanda Seyfried – E.-U., 1h48. Cherry Blossoms (de Doris Dorrie, avec Elmar Wepper, Hannelore Esner et Aya Irizuki – All., 2h). Un couple qui vieillit, la mort qui emporte brutalement l’un deux, et celui qui reste qui part faire son deuil dans la sérénité zen du Japon. Un film surprenant, à la fois cruel et empreint de douceur.
Irrésistible (de Ann Turner, avec Susan Sarandon, Sam Neill et Emily Blunt – E.-U., 1h43). Une femme est persuadée que la collaboratrice de son mari veut s’emparer de tout ce qui fait sa vie. Est-elle paranoïaque, comme on le croit, ou lucide ? Un drame classique, au suspense un peu attendu.
La Possibilité d’une île (de Michel Houellebecq, avec Benoît Magimel, Ramata Koite et Patrick Buchau – France, 1h37). Daniel 25 a survécu aux cataclysmes qui ont détruit l’espèce humaine. Mais il découvre l’existence d’une autre survivante. Le monde bio-apocalyptique de Houellebecq transposé par lui-même à l’écran. Pas vraiment réussi…
Les Cendres du temps / Redux (de Wong Kar-wai, avec Leslie Cheung, Brigitte Lin et Tony Leung – Hong Kong - 1h33). Un homme que sa femme a quitté vit en solitaire, faisant exécuter ses ennemis par des spécialistes en arts martiaux. Wong Kar-wai s’empare du film d’arts martiaux pour en faire une méditation sur la solitude et l’amour perdu.
Max la Menace (de Petyer Segal, avec Steve Carell, Anne Hathaway et Alan Arkin – E.-U., 1h49). Un agent secret improvisé entreprend de faire échouer les plans d’une redoutable organisation criminelle. Une parodie .jamesbondesque, adaptée d’une série TV, et menée lourdement par un Steve Carell spécialiste de la catastrophe.
Mirrors (d’Alexandre Aja, avec Kiefer Sutherland, Paula Patton, Amy Smart et Jason flemyng – E.-U., 1h51). Un ancien flic est gardien de nuit dans un grand magasin qui a brûlé et où seuls restent quelques miroirs. Or ceux-ci cachent un horrible secret. Reflets mystérieux, atmosphère fantomatique, phénomènes surnaturels…
Rumba (de et avec Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy – Belgique, 1h17). Un couple d’instituteurs de campagne est fou de dans latino et écume les concours régionaux. Un soir, ils croisent la route d’un suicidaire. Une comédie burlesque et décalé, dans l’esprit du cinéma muet.
Un été avec Coo (un film d’animation de Keiichi Hara – Japon, 2h26) Un jeune écolier ramasse une pierre étrange dans une rivière : il en sort un kappa, petit esprit de l’eau, qui devient vitre une attraction. Une sorte de Petit Nicolas japonais, grand classique ici porté à l’écran de façon réussie.
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| Tags : Jar City, Islande, Mamma Mia, Max la Menace, Steve Carell, Anne Hathaway, Mirrors, Aja, Rumba, Houellebecq, la possibilité d'une île, Wong Kar-wai |
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