| Ecrit par Jean Serroy, le 17-09-2008 17:40 |
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Parlez-moi de la pluie, d’Agnès Jaoui
Entre mélancolie et cruauté légère, une comédie des humiliations et des ratages ; grise, comme l’air du temps.
Agnès Jaoui a le goût des autres. Son truc à elle, c’est de les rassembler et d’observer ce qui se passe. Peu importe, au fond, la situation. Celle qui sert ici de fil conducteur à l’intrigue n’est pas, au départ, spécialement crédible : une écrivain(e) féministe qui a décidé de se lancer dans la politique et qui, revenant dans la maison de famille où vit sa sœur, accepte la proposition qui lui est faite d’être filmée pour un documentaire sur les femmes qui réussissent. Le fait que ledit film soit tourné par ce tandem plutôt improbable que constitue la paire Bacri – Jamel Debbouze n’ajoute pas à la vraisemblance de l’ensemble. Et, de fait, la mise en place apparaît quelque peu laborieuse, comme si la réalisatrice avait du mal à se convaincre elle-même de ce qu’elle raconte.
Pourtant, à mesure que les personnages se mettent à vivre, les relations qui se dessinent des uns aux autres prennent de la consistance, accordées qu’elles sont à ce qui se découvre comme leur vérité personnelle. Laquelle vérité est que chacun se sent mal à l’aise dans sa vie, et qu’il suffit de gratter un peu la croûte pour que les sentiments profonds se dévoilent. Face à la femme de pouvoir, apparemment forte et dominatrice, qu’est une Agnès Jaoui en qui se confondent la femme, la réalisatrice, l’interprète et le personnage, les uns et les autres révèlent leurs faiblesses, leur sentiment d’être mal aimé, les humiliations et les injustices dont ils se pensent victimes. Dans un été méridional où le soleil ne se décide pas à briller, il se met à faire froid, et la pluie tombe averse : météorologie qui est celle des sentiments, et tonalité grise qui est celle d’une comédie qui fait rire, certes, mais où le rire est constamment ressenti comme la politesse des petits désespoirs ordinaires. Sur ce plan, si le couple Jaoui-Bacri reste fidèle, dans l’écriture comme dans le jeu, à son humour teinté d’amertume, la révélation viendrait plutôt de Jamel Debbouze, dans un rôle que les deux co-scénaristes ont manifestement mitonné pour lui. A se demander même si le film tout entier n’a pas été conçu pour offrir au petit tchatcheur de banlieue un brevet d’aptitude au cinéma “sérieux”. Sur ce plan, c’est réussi : Jammel tient là, en moins triste mais en tout aussi sensible, quelque chose comme son “Tchao Pantin”. Avec Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri et Jamel Debbouze – France, 1h38. C’est dur d’être aimé par des cons (de Daniel Leconte, avec Philippe Val, Elisabeth Badinter, François Bayrou… – France, 1h48). Philippe Val, patron de Charlie Hebdo, est assigné en justice pour avoir reproduit les douze caricatures danoises sur Mahomet. Autopsie d’un procès et de ses enjeux médiatiques, politiques, idéologiques.
Coup de foudre à Rhode Island (de Peter Hedges, avec Steve Carell, Juliette Binoche et Dane Cook – E.-U., 1h36). Un père veuf, qui élève seul ses trois filles, rencontre la ravissante Marie : coup de foudre et embrouilles familiales, dans une série rose à l’américaine, conforme au genre mais pas désagréable, avec une Binoche adorable.
La Belle personne (de Christophe Honoré, avec Louis Garrel, Lés Seydoux et Grégoire Leprince-Ringuet – France, 1h33). Une fille de 16 ans, qui vient de perdre sa mère, accepte de sortir avec un de ses copains de classe, au moment même où elle tombe amoureuse de son prof d’italien. “La Princesse de Clèves” superbement remise au goût du jour.
La Vie devant ses yeux (de Vadim Perelman, avec Uma Thurman, Evan Rachel Wood et Eva Amurri – E.-U., 1h35). Diana, prof d’université, mariée et mère de famille, a tout pour être heureuse : mais une fusillade vécue dans son lycée de jeunesse l’obsède, sur lequel pèse un secret qui la ronge. Drame intérieur, et film confus.
Love gourou (de Marco Schnabel, avec Myke Mers, Jessica alba et Justin Timberlake – E.-U., 1h45). Quand le gourou n°2, à l’aura de sagesse et à la pilosité galopante, aspire à devenir gourou n’°1 à la place du gourou en chef. Une comédie qui fait dans l’épaisseur plus que dans l’élévation mystique.
Obscénité et vertu (de Madonna, avec Eugene Hutz, Vicky McClure et Holly Weston – Angl., 1h20). Un gigolo sado-maso, une danseuse de strip-tease et une vendeuse en pharmacie aspirent à réaliser leur rêve de réussite. Mais la route est longue et le chemin abrupt. Un premier essai, conforme à son univers clip, de la Madonna…
The Comebacks (de Tom Brady, avec Carl Weathers, David Koechner et Brooke Nevin – E.-U., 1h28). Un entraîneur de football à l’incompétence notoire prend en charge une équipe de bras cassés, aussi catastrophiques les uns que les autres. Un peu à l’image du film…
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| Tags : Cinéma, sorties, Parlez-moi de la pluie, Jaoui, Bacri, Debbouze, Philippe Val, Binoche, Steve Carell, Madonna, Timberlake |
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