| Ciné: les sorties du 1er octobre 2008 |
Harcelés, de Neil LaBute Une histoire de voisinage qui véhicule bien des démons cachés : malaise, racisme, et nerfs à vif…
A priori, ils ont tout pour être heureux : une maison de standing où ils viennent emménager, dans une résidence huppée, à Bel Air, sur les hauteurs de Los Angeles, comme un rêve qui se réalise pour leur jeune couple. Avec, pourtant, une ombre dans le ciel radieux et surchauffé de l’été : leur voisin, un grand flic, noir, strict, qui a un souci maniaque de l’ordre et dont le souci sécuritaire se traduit par les rondes de nuit qu’il effectue et par les projecteurs dont il a équipé sa maison pour écarter d’éventuels voleurs ; et le type applique les même règles inflexibles à l’éducation de ses deux enfants et, surtout, ne tarde pas à montrer une hostilité violente envers les deux arrivants, dont il n’accepte pas qu’ils soient un couple mixte, lui blanc, elle noire.. Un fort relent de racisme empeste d’emblée ce voisinage ambigu : un racisme à l’envers, en quelque sorte, où c’est le black qui retourne contre le blanc la haine portée à celui qui n’a pas la bonne couleur de peau. La façon dont Neil LaBute traite ce sujet, suffisamment fort en soi, hésite entre deux tonalités. Celle du thriller, d’abord, fondé sur la peur qui s’insinue, à mesure que le gardien auto-proclamé de l’ordre se fait de plus en plus menaçant et s’insinue dans la vie de ses voisins, au point de les embarquer dans une spirale infernale qui met les nerfs à vif. Et l’incendie qui s’est déclaré dans les collines proches et qui gagne du terrain, rendant l’air suffocant et risquant de mettre le feu à la résidence, accompagne cette montée de la pression et de l’angoisse de façon aussi métaphorique qu’efficace. Et sans doute cela aurait-il suffi : mais le réalisateur, voulant justifier le caractère de son personnage, lui donne de lourdes motivations personnelles qui affaiblissent le propos plus qu’ils ne le renforcent. Du coup, la charge sociale se trouve quelque peu détournée au profit d’un drame psycholgique plus banal. Et le dénouement, qui remet un peu trop symboliquement les choses en place, règle sans doute l’intrigue du film, mais pas vraiment la question traitée. Avec Samuel L. Jackson, Patrick Wilson et Kerry Washington – E.-U., 1h51.
Séraphine, de Martin Provost (avec Yolande Moreau et Ulrich Tukur – France, 2h05).
Pour traduire ce qui fait le mystère de cette peinture, le cinéaste a la bonne idée de s’attacher moins à la réalisation des tableaux qu’à tout ce qui les fait naître : des paysages, le vent qui fait bouger les feuilles, la lumière qui joue avec elles, et Séraphine qui prépare en secret ses couleurs avec du sang de bœuf, de la cire fondue, et des fleurs qu’elle va cueillir dans les prés. Yolande Moreau, démarche massive, petit bibi modeste sur la tête, tablier de servante et regard humble, où l’œil apparemment ahuri brille d’une lueur parfois malicieuse, donne chair et épaisseur au personnage. Puis, quand son esprit chavire dans la folie et qu’on l’enferme dans un asile, c’est moins le thème de l’artiste maudit qui apparaît que la triste destinée d’une innocente, naïve comme l’enfant qu’elle n’a, au fond, jamais cessé d’être.
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Naïf, brut, primitif, primitiviste même : l’art de Séraphine de Senlis relève de cette façon de représenter le monde de façon directe, sans apprentissage, guidé par la seule liberté de l’imaginaire et par la seule force de l’inconscient. Lorsqu’il la rencontre, humble servante, dans les années 1910, le collectionneur allemand Wilhelm Uhde, découvreur déjà du douanier Rousseau, est aussitôt ébloui par sa peinture et il engage avec elle une relation inattendue dont Martin Provost fait le fil de son récit. Récit classique, où la reconstitution d’une vie et d’une époque se garde bien d’occulter ce qui fait le fond même du film : le portrait d’un cœur simple, animé d’une passion de peindre dont l’inspiration se trouve empreinte d’une sorte de religiosité vaguement mystique.
Afterschool (d’Antonio Campos, avec Ezra Miller et Jeremy White – E.-U., 1h46). Un lycéen, témoin de la mort par overdose de deux de ses camarades, tourne un film vidéo sur l’événement. Un sujet fort mais un formalisme pesant pour traduire l’adolescence d’aujourd’hui, soumise aux écrans nouveaux.
Appaloosa (de et avec Ed Harris, et avec Viggo Mortensen, Jeremy Irons et Renée Zellweger – E.-U., 1h45). Un shérif et son adjoint sont engagés pour faire régner l’ordre dans une petite ville laissée aux mains d’un propriétaire tout-puissant et de sa bande. Le retour à la grande tradition du western, et la peinture, intense, d’une amitié.
Cliente (de et avec Josiane Balasko, et avec Nathalie Baye, Eric Caravaca et Isabelle Carré – France, 1h45). Une femme de 50 ans, divorcée, s’offre les services sexuels d’un escort boy, lequel se prostitue pour aider sa femme. Entre humour et émotion, le regard et l’écriture acérés de Balasko.
De la guerre (de Bertrand Bonello, avec Mathieu Amalric, Asia Argento et Guillaume Depardieu – France, 2h10). Un homme quitte la ville pour se ressourcer dans une communauté qui prône la liberté de l’amour. Un labyrinthique itinéraire initiatique, où il faut cheminer longtemps pour trouver le plaisir promis…
Go fast (d’Olivier Van Hoofstadt, avec Roschdy Zem et Olivier Gourmet – Belgique, 1h30). Marqué par la mort de son chef, un flic infiltre un gang de trafiquants et se fait convoyeur de drogue. Un film d’action menée à grande vitesse, avec un Roschdy Zem qui appuie à fond sur la pédale.
Une histoire de famille (de et avec Helen Hunt, et avec Colin Firth, Bette Midler et Matthew Broderick – E.-U., 1h40). Sa mère adoptive qui meurt, sa mère biologique qui reparaît, son mari qui la quitte, un nouvel homme dans sa vie, et son test de grossesse qui se révèle positif : ça fait beaucoup de choses, même pour Helen Hunt !
Vinyan (de Fabrice du Welz, avec Emmanuelle Béart et Rufus Sewell – France, 1h30). Un couple, dont le fils a disparu dans le tsunami, reste en Thaïlande pour essayer de le retrouver, la mère s’imaginant qu’il a été kidnappé. Un travail de deuil qui tourne à la quête initiatique et au surnaturel. 



















