| Ecrit par Jean Serroy, le 25-09-2008 11:58 |
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Entre les murs, de Laurent Cantet L’école vue de l’intérieur, dans un saisissant tableau social qui est aussi un beau film à la structure dramatique subtilement agencée. 
Il y a au moins deux manières de voir le film de Laurent Cantet, lesquelles ne sont d’ailleurs pas incompatibles. Ceux qui voudront savoir ce qui se passe aujourd’hui derrière les murs de l’école y trouveront tout naturellement un document aussi riche que précis, propre à nourrir leur réflexion sur l’état présent de l’institution scolaire et, plus largement, sur les impossibles défis qu’elle a à relever. A cet égard, le choix d’une classe de quatrième dont les élèves offrent le visage bariolé d’une France multicolore confronte la vieille école laïque et obligatoire de Jules Ferry, creuset de l’unité nationale, aux conditions radicalement nouvelles d’un pays devant régler à travers elles ses problèmes d’intégration. Et ce qui apparaît ici, à travers l’agitation et le désintérêt d’élèves qui ne respectent pas plus le maître que le savoir, c’est moins la condamnation de leurs conduites insolentes – car le film ne juge pas, il montre - que le formidable décalage qui existe entre une école monolithique qui semble désormais à des années-lumière de la diversité de ceux auxquels elle est maintenant appelée à s’adresser. Et rien ne semble vraiment pouvoir y faire grand chose : ni l’énergie et le savoir-faire déployés par les enseignants, ni la souplesse pédagogique, ni la patience, ni les sanctions. A la toute fin du film, une élève vient dire à son professeur que, tout au long de cette année qui s’achève, elle n’a finalement rien appris : bilan terrible, sur lequel le noir final se fait…
Pour autant, de cette réalité amère, qui est aussi comme une sorte de scanner de la société française telle qu’elle est, une autre impression, de vitalité, se dégage, due à l’autre aspect que présente le film de Laurent Cantet : celui, précisément, d’un film, tissé tout autant de fiction que de réalité, savamment construit et mené, et dont l’intensité dramatique ne se dément jamais. Cette classe de tous les risques, elle est filmée comme une sorte de concentré d’école, par le choix de figures principales représentatives de la typologie des collégiens, par le rôle central dévolu au maître, par la scansion chronologique qu’assurent l’année scolaire et les principaux événements qui la rythment (la classe, la cour, mais aussi la salle des profs, les entretiens avec les parents, le conseil de discipline). Le tout interprété par des collégiens qui jouent à être ce qu’ils sont, avec un naturel qui est aussi le fruit d’une caméra curieuse et fluide. Un vrai film, d’auteur, pour un grand sujet, d’intérêt public. Cela vaut bien une palme. Avec François Bégaudeau – France, 2h10 – Palme d’Or, Cannes 2008. Married life, d’Ira Sachs Au générique, subtilement glamour avec ses dessins de mode des années 40, à la couleur légèrement passée, à la musique mi-jazzy mi-violon, et surtout à la situation dramatique – un couple apparemment uni, un ami fidèle, et une blonde tout en charme et en douceur qui vient mettre le désordre amoureux dans la vie des uns et des autres -, on se dirait dans un de ces drames élégamment mélo comme le cinéma américain savait les faire du temps de Douglas Sirk ou de Joseph Mankiewicvz. Et il suffiit d’un rien, un peu plus de noirceur dans la photo, des chapeaux feutre un peu plus rabattus sur les yeux, la pluie qui tombe un peu plus fort sur le pare-brise de la voiture, pour que le drame semble tourner au film noir, selon la voie que prend en effet l’intrigue, où le poison apparaît comme le seul moyen de briser les chaînes conjugales. Pourtant l’on se dit, alors même que l’on se laisse prendre par la subtile mise en scène d’Ira Sachs, que l’humour qui perce dans la façon de raconter une situation si fortement nouée constitue dès l’abord une distance avec les codes du genre, tant du mélo que du film noir, et que le film est en fait autre chose : une sorte de comédie conjugale, mais revisitée à la lumière d’un cinéma et d’une Amérique disparus, ceux des lendemains de guerre, du désir de revivre à nouveau et de retrouver un bonheur stable, dont le couple constitue le ciment le plus solide. Non sans que le parfum entêtant et un peu vain du rétro ne vienne tempérer ce sourire du charme discret de la nostalgie. Avec Pierce Brosnan, Chris Cooper, Patricia Clarckson et Rachel McAdams – E.-U., 1h30. Wackness, de Jonathan Levine Un été comme les autres, si ce n’est qu’on est en 1994, à New York, et que le maire Rudolph Giuliani, rompant avec les années permissives, a décidé de remettre de l’ordre dans la ville. Du coup, les petits dealers doivent redoubler d’attention pour ne pas se faire surprendre. C’est le cas de Luke, qui vient de quitter le lycée et qui, en attendant d’entrer en fac, a trouvé ce petit job pépère. Ado introverti, sans copains, avec des parents endettés, il est surtout puceau, sans trop oser le dire. Heureusement, il y a le Dr. Squires, avec lequel il échange régulièrement des séances de psy contre deux doses d’herbe. Entre les deux, le courant passe, et d’autant mieux que Jonathan Levine a la bonne idée scénaristique d’établir comme un parallèle entre l’ado qui n’arrive pas à grandir et l’adulte qui a à peu près le même problème, bloqué qu’il est resté dans les années 60-70.
Comment l’un et l’autre, lors de cet été en herbe partagé, vont trouver à donner une forme de sens à leur vie, c’est ce que raconte un film tout en notations légères, empreint d’un humour discret, où il se dit beaucoup de choses sur l’adolescence, sur le mal de vivre, sur les névroses quotidiennes, et sur ce qui permet de les affronter : sexe, drogue et hip-hop, comme l’anatomie d’une époque, et comme l’autopsie d’un âge. (Avec Ben Kingsley, Josh Peck et Olivia Thirlby – E.-U., 1h40). Des trous dans la tête (de Guy Maddin, avec Gretchen Krich, Sullivan Brown et Isabella Rossellini – Canada, 1h35). Un garçon et sa sœur passent leur adolescence sur une île mystérieuse, sous la surveillance tyrannique de leur mère, au milieu d’une horde d’orphelins. Un récit d’enfance quasi muet, au fantastique brouillé et exacerbé.
Faubourg 36 (de Christophe Barratier, avec Gérard Jugnot, Kad Merad et Clovis Cornillac – France, 2h). En 1936, un trio d’amis reprennent un music-hall en faillite et le font revivre. Un hommage ému au grand cinéma populaire des années 30, sous forme de comédie musicale, par un metteur en scène qui a vu « La Belle équipe ».
L’Homme de Londres (de Béla Tarr, avec Tilda Swinton et Miroslav Krobot– Hongrie, 2h15). Un aiguilleur de gare maritime est témoin d’un meurtre et récupère une valise bourrée d’argent, qui va lui attirer tous les ennuis. Le roman de Simenon revisité par un cinéaste virtuose de la forme, dans un noir et blanc fantomatique.
Le Royaume interdit (de Rob Minkoff, avec Jackie Chan, Jet Li et Collin Chou – E.-U., 1h30). Un adolescent fan de kung-fu se retrouve ramené dans la Chine ancienne, armé d’une canne aux pouvoirs mystérieux et chargé d’une mission : délivrer le Roi Singe. Kung-fu de série à la hongkongaise.
Mariage chez les Bodin’s (d’Eric Le Roch, avec Jean-Christian Fraiscinet, Vincent Dubois et Jean-Pierre Durand – France, 1h22). Christian Bodin, 50 ans, va épouser Claudine, la cantinière de l’école, sous le regard intraitable de sa mère Maria, 82 ans et toutes ses dents. Une chronique pleine d’humour sur la France rurale et profonde, par une compagnie qui passe du théâtre au cinéma.
S.O.P. - Standard Operating Procedure (un documentaire d’Errol Morris – E.-U., 1h57). Enquête sur les sévices perpétrés sur les prisonniers irakiens à Abu Ghraib par leur gardiens américains. Des témoignages forts et passionnants, mais un style ronflant.
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| Tags : Cinéma, sorties, Entre les murs, Laurent Cantet, Palme d'or, Married life, Wackness, Faubourg 36, Kad Merad, Gérard Jugnot, Barratier |
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