Manu Larcenet était à la librairie Momie Folie mardi, pour dédicacer le dernier tome de sa série « Le combat ordinaire », intitulé Planter des clous. Entretien avec un phénomène de la BD, passionné, direct, et toujours aussi surpris par son propre succès. Vidéo de son passage à Grenoble, avant et pendant la dédicace.
Pourquoi arrêtez-vous la série «Le combat ordinaire» alors qu’elle a un très grand succès ? Justement parce qu’elle a du succès… Quand des gens par milliers achètent tes livres c’est aussi très déstabilisant. Ils en attendent toujours plus de toi et c’est difficile à gérer. En plus je m’étais fixé dès le départ 4 albums. Et puis j’ai d’autres projets, d’autres envies. Je veux revenir à d’autres choses, des choses que j’ai un peu abandonnées, le dessin en noir et blanc par exemple. Un projet concret ? Pour l’instant mon plus gros projet ce serait de partir sur une pagination type manga, avec des cases de silence, du noir et blanc. Et raconter l’histoire d’un type qui n’arrive pas à s’en sortir, qui s’effondre. L’inverse du combat ordinaire en somme. Vous plaisez au-delà des fans habituels de BD. Pourquoi un tel engouement selon vous ? Je n’en ai aucune idée. Le plus marrant c’est qu’il y a de plus en plus de filles qui s’intéressent à mes albums. Ça me change des collectionneurs qui sont plutôt des garçons en général. Et les filles parlent de ma BD avec une sincérité déconcertante. Je leur demande souvent ce qu’elles aiment dans mes albums, et à chaque fois la réponse est différente. C’est marrant. Vous affirmez que votre série n’est pas une autobiographie. De quoi vous inspirez-vous alors pour créer vos personnages ? Effectivement ça n’est pas une autobiographie. C’est une base romanesque sur laquelle je mets des scènes qui me sont arrivées pour donner un effet de vécu. Mais elles ne sont jamais retranscrites telles quelles. Il y a beaucoup de choses de moi dans mes albums mais il y a aussi un vrai travail romanesque derrière, une vraie création. Comment fonctionnez-vous lorsque vous créez un album ? Etes-vous du genre à vous enfermer dans un bureau pendant des mois ? Ça dépend. Pour les 4 albums du combat ordinaire j’ai fonctionné de 4 manières différentes. En général pour commencer il me faut un an de réflexion. Pendant un an je pense tous les soirs à ce que je vais faire, j’accumule les idées. Ensuite c’est variable. Pour un album, j’ai tout écrit d’un trait, rapidement et j’étais très content du résultat. Pour d’autres albums, je mets plus de temps, j’écris en plusieurs fois. En gros je n’ai pas de règle, je fais comme ça me vient. On vous dit très sensible aux critiques. Avec le temps parvenez vous à les lire avec plus de philosophie ? En fait je suis surtout sensible aux critiques qui sous-entendent une malhonnêteté de ma part. J’ai du mal à supporter qu’on sous-entende que je ne suis pas sincère, que je bosse pour de l’argent par exemple, ce qui est parfaitement faux. Mais j’aime les critiques qui sont faites avec talent. Celles qui me font progresser et découvrir des choses que je ne soupçonnais pas moi-même. Pas celles qui détruisent en 5 lignes tout ton travail, simplement parce qu’aujourd’hui il est de bon ton d’être acerbe. Quels sont les auteurs et dessinateurs que vous aimez particulièrement ? Dans l’ordre : Franquin, Fmur, Vuillemin. Blutch, évidemment, que je place au-dessus de tout. Et Sfar, que j’ai toujours aimé. Sinon, il y a un truc génial qui vient de paraître. C’est La Marie en plastique de Rabate et Prudhomme. C’est génial, bien meilleur que ce que je fais. Avec cet album, ils ont refusé de faire simplement du beau pour faire du vrai. Très courageux.
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