| Des Grenobloises taillées dans le rock |
Le festival «Les femmes s’en mêlent» passe par l’agglo du 16 au 25 avril. Grenews.com en profite pour accorder ses guitares et partir à la rencontre des filles du rock grenoblois. Avec Laura de Rhésus et Fanny des Décibelles. Et avec l’incontournable Nadj. PJ Harvey, Kim et Kelley Deal, Kim Gordon de Sonic Youth, Janis Joplin. Quelques noms suffisent, et il y en a bien d’autres, pour un seul constat : sans les filles, l’histoire du rock serait moindre. A Grenoble, elles ne sont pas tant que ça à pouvoir nous raconter l’envers du décor. Laura Rosello, bassiste de Rhésus, casse direct le mythe : "pour un concert d’une ou deux heures, on en passe douze dans le camion. On voyage beaucoup mais on n’a pas forcément le temps de visiter. On est toujours en train d’attendre". Ça ne décourage pas Fanny, batteuse des Décibelles, que nous lui avons fait rencontrer, histoire de croiser les histoires. Une (petite) génération en dessous, l’envie est la même. Même si pour Laura, "la fraîcheur sur scène des Décibelles… ", pas encore trop émoussées par les galères d’une vie de rockeuses, "… fait plaisir à voir". Alors question, ça veut dire quoi être une fille du rock ? L’univers mâle est cruel. "On essaie de survivre dans cette non-démocratie. Une fille pense pas pareil : on m’a parfois reproché ma logique des choses, par exemple le choix de certaines notes". Et laura poursuit : "des fois les garçons sont super durs. " Une loi du rock, en effet : un groupe a toujours un mâle dominant. "Dans les Décibelles, c’est plutôt moi". Fanny avoue parfois avoir fait preuve d’exigences, pour dire simple, avec la bassiste, "qui a commencé la musique plus tard". L’important étant cependant de garder à l’esprit qu’ici, on avance à trois, où on n’avance pas. On avance aussi en accord avec soi : "il faut rester soi-même" insistent Laura, Coralie d’Hanabi, ou encore Gwenn la technicienne son/lumières. Ne pas forcer la féminité, ou à l’inverse ne pas se masculiniser, si ça ne correspond pas à la personnalité. Bref ne pas forcer dans les deux extrêmes. Les filles font ainsi face avec leurs défauts, leurs qualités, leurs façons de faire. Exemple, par Laura : "devant l’éternel «à poil !» en montant sur scène, j’ai pu mal réagir, être cassante. Avec le temps on laisse passer. " De derrière sa batterie, Fanny voit aussi ses copines en première ligne se faire emmerder. "Dès fois, ça peut finir par rendre agressive". Avec le temps, peut-être… "On essaie de survivre dans cette non-démocratie" A Grenoble, on a aussi Nadj. Sur la scène hexagonale, un vrai ovni. Et un caractère forgé entre déceptions et belles rencontres, entre désillusions et chocs artistiques. Pour Nadj, une carrière rock est "un numéro d’équilibriste. On est toujours sur le fil. A 33 ans, je n’attends plus que les autres valident mon travail. J’ai acquis des convictions. " Le problème : "Mais on te demande toujours des comptes, des justifications. Il faut vendre". Lâchée par Warner, c’est avec les galères de ce genre que Nadj s’est trouvée. "J’en ai marre de ces jeux de pouvoir. Dans ce monde où les hommes décident, on te demande de rentrer dans une image de femme telle que définie par la morale judéo-chrétienne : celles qui ne choisissent pas le camp de la vierge Marie sont forcément des putes". Soit une doucereuse avec sa guitare, soit une démone ? Pour Nadj, c’est hors de question : "Je ne veux pas avoir à choisir. J’ai besoin de libérer mes émotions, parfois de manière sauvage et bestiale. Ce qui ne veux pas dire que je n’ai pas d’affectivité, de sensibilité. J’ai aussi besoin de soutien, d’être rassurée. " Être soi-même, "même si cela inclue une part de schizophrénie". Et de finir : "c’est fondamental : un artiste n’est pas que là pour se montrer. Il doit faire passer quelque chose." Un vecteur d’émotions : "En lâchant les chiens, je m’adresse au cœur instinctif de la femme. Et certaines sont venues me voir après les concerts pour me dire merci. " Mamans, enfants et sentiments Comment concilier amour, maternité et vie de rockeuse ? C’est pas toujours facile, entre vie itinérante, revenus pas assurés et horaires bizarres. Les mauvais esprits disent parfois qu’une histoire d’amour entre membres d’un même groupe finit souvent par une rupture du couple et un split du groupe. Laura a vécu ça : "difficile de mettre des barrières entre émotionnel et professionnel. Une fois l’histoire finie, on a pensé d’abord au groupe". Ça peut marcher ? "Oui, c’est ce qu’on appelle être adulte". Point barre. Sans être maman, Laura est aussi optimiste sur les questions de maternité : "on connaît nos dates plusieurs semaines à l’avance. On peut s’organiser. Et je pense pas que ce soit énormément différent pour les garçons. Eux aussi, ils doivent gérer une vie de famille". Sans être maman non plus, Gwenn Grandjean, la technicienne son/lumière, va dans ce sens : "On est deux à faire un enfant. Après j’imagine que c’est aussi une affaire de choix et de convictions". Quant à Nadj, pas plus maman, elle a une réponse bien à elle : "j’ai l’impression d’accoucher à chaque fois que je fais un album. Il y a des similarités : l’investissement de la création, le fait de ne plus faire corps avec elle une fois que c’est fini. Et le vide dépressif après..." Nadj a le baby blues à chaque fois. ![]() Les Décibelles ![]() Laura Rosello
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