 Photo Henri Porchier Le débat !Parfois, ils ont des choses à dire. Quelquefois rien d’autre que leur liberté. Ils font des "trucs de vandales", optent pour la fresque autorisée. Toujours, ils font parler les murs et nourrissent une vigoureuse culture urbaine. Extérieur nuit ou atelier jour...
En voilà un que le stade fait fantasmer. "Les voir fabriquer de si beaux supports ! Des kilomètres de murs. Rien que des grandes vitres en haut. Génial ! Maintenant, va falloir voir comment c’est gardé", sourit Tomek le graffeur. Hochement de tête d’Yslande, le tagueur : "Plein de caméras de surveillance !" Membres de la même fratrie ils sont, urbains à l’extrême, accros à l’adrénaline: "Habillé en noir, tu prends un sac. Tu mets des aimants au fond des bombes (de peinture) pour qu’on n’entende pas les billes... Les gars de la Bac (Brigade anti-criminalité), même si on connaît souvent l’espace urbain mieux qu’eux, courent vite et ne rigolent pas". Dans la fratrie, le modus vivendi réclame de ne pas recouvrir le tag et encore plus le graff d’autrui parce que, dixit un tagueur: "Dès qu’il y a repassage, il y a tension". Parfois même, explication de gravure, sans grande violence il est vrai. Mais la règle est peu transgressée. D’autant que le tagueur et le graffeur sont parfois le même gars, à des moments différents de la vie ou de la nuit.  Photo Henri Porchier La différence entre eux ? Le graffeur jure par le dessin, voire le message, trouve le tagueur un peu court dans son obstination à marquer les murs d’une signature, à l’infini. Elle peut être belle, flirtant avec la calligraphie latine, arabe ou chinoise mais... c’est tout. C’est beaucoup et c’est en soi la liberté, s’insurge le tagueur, gars légèrement inconscient à l’occasion. Accroché par les orteils, sous le tablier d’un pont au-dessus de l’Isère, sanglé par une corde au-dessus de l’autoroute, le long d’une cheminée... Pour la beauté du geste, la nique à la mort et "calmer tous les autres, lorsqu’ils se lèvent. Le gars a pris des risques mais il fait ce qu’il veut". Qui sont-ils, ces tagueurs et graffeurs ? "A Grenoble, ce sont des blancs qui font des tags plutôt que des renois ou des arabes". Mais très peu de filles, parmi la cinquantaine de tagueurs et/ou graffeurs vraiment actifs. En tous les cas, il y aurait "une bonne relève depuis 2 ou 3 ans".  Photo Henri Porchier "Pas besoin
d’être président pour faire ce que je veux. C’est ma part de profit de la vie" Dans cet univers, Yslande se balade: "Tout me saoûle. La pub partout, le président qui se pavane et on va me faire chier pour un tag ? Pas besoin d’être président pour faire ce que je veux. C’est ma part de profit de la vie". Et Tomek aime le beau: "Les beaux espaces, comme les bâtiments anciens, je ne vais pas les abîmer". Léger tacle au passage : "Une majorité ne sait pas dessiner. Cela vient avec l’entraînement". L’entraînement, impossible de le nier, énerve les propriétaires et coûte à la collectivité (qui efface). "Le stade, il coûte rien? Tout le monde le voulait, peut-être?", réagit Yslande tandis qu’un graffeur rappelle l’adage: "Murs blancs, peuple muet". Sur le versant illégal, "les amendes. C’est le plus embêtant. Il y a aussi les TIG (Travaux d’intérêt général). Mais les mecs qui sont obligés d’effacer leurs trucs, cela me fait trop rire", lance Tomek. Rire ? "Effacer ne sert à rien. Ils n’arrivent jamais à vraiment le faire. En blanchissant le mur, ils refont une page blanche. Non vraiment, j’adore les kärcher !"
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