| Le stage, pour le meilleur et le pire |
Pour le travail, c’est comme au poker : pour voir, il faut payer. Pour voir l’entreprise de l’intérieur, il faut mettre sur la table du temps, de l’énergie, des compétences et même produire, protégé par l’hypocrisie d’une loi indigente. Le tout achète une première expérience professionnelle. Bref, il faut faire un stage. Mais au fond, sommes-nous sûrs que c'est le passage obligé ? Réponses au fil du dossier. ![]() Photo Henri Porchier Un stage ? Un, deux... plusieurs en commençant dès la troisième. En terminant haut parfois, jusque dans des fonctions essentielles de l’entreprise. Premier stage oublié, les autres doivent "permettre à l’étudiant de dérouler un processus, de mettre en pratique ce qu’il a appris et de se confronter au marché du travail", récapitule Alain Fernex, vice-président de l’université Pierre-Mendes France en soulignant : "Les stages deviennent de plus en plus longs". "Savoir en parler" "Les stages, c’est de l’apprentissage fractionné", nuance Jean-Pierre Giovanetti, patron de Sanisère, dynamique PME (secteur de l’équipement écolo) qui ne coupe pas les cheveux en quatre : "Si le candidat a un profil qui me plaît, même sans stage, je le prends. Mais si j’ai dix CV et pas le temps, je choisis celui où il y a des stages". Bien sûr mais... "Tous les jeunes font des stages et c’est bien d’en avoir fait au moins un. Ce qui fait la différence? Savoir en parler", commente l’Apec (Association pour l’emploi des cadres). Autrement dit, il convient de "(...) développer sur les réalisations durant le stage : le contexte, la mission, l’objectif, les qualités déployées. Être capable d’expliquer ce que vous en avez tiré. Ce n’est pas le nombre qui compte mais la qualité". Question de visibilité L’autre utilité du stage est pointée par Jacques Gasqui, vice-président Formation de l’université Joseph-Fourier : "Les besoins sont grands. 100% des diplômés seront recrutés… à condition que les entreprises les connaissent. Il faut que les entreprises voient nos jeunes". Une manière de les convaincre que des compétences existent en dehors de GEM (Grenoble Ecole de Management) ou de l’INPG, champions du stage (obligatoire) à répétition. Le stage serait-il une période d’essai gratuite ou presque ? Au moins sera-t-il intégré dans la période d’essai en cas d’embauche, ont décidé les partenaires sociaux en janvier tandis que le gouvernement, bouclant une inutile et longue discussion entre les mêmes partenaires sociaux, fixait à 30% du Smic la "rémunération" mensuelle minimale du stagiaire après 3 mois de stage. Inutile puisque le décret a entériné une pratique déjà généralisée. Des convictions à défaut de preuves Le stage est-il déterminant pour trouver un premier emploi ? Oui, est-il en général affirmé même si les données objectives sont rares et atomisées. Consolation : les universités disent leur intention de bâtir une connaissance fine, globale et unifiée sur ce dossier "insertion post-stage". Voyons si elles feront appel à des stagiaires pour mener les enquêtes... Au moins, toutes les universités veillent-elles aujourd’hui à ne pas délivrer la convention (prévue par la loi) de stage hors… des périodes de formation. "Cette demande n’est pas un un phénomène marginal", relève l’université Joseph-Fourier qui reçoit elle aussi ces demandes de jeunes diplômés payant au-delà du raisonnable pour trouver un emploi.
CAMÉRA INVERSÉEUn pays sans stages
"Le stage s’inscrit dans un contexte purement français", affirme Susan Nallet, responsable de l’Espace carrières chez Grenoble École de management. L’affirmation surprend lorsque l’on sait que pour un certain nombre de personnes, le stage est "la voie royale vers l’embauche" en France. Et pourtant… "En Angleterre par exemple, les stages ne font pas partie des cursus universitaires. L’université a pour mission de former intellectuellement les jeunes salariés. C’est à l’entreprise qu’il revient de mettre le jeune diplômé en situation,de le faire progresser".
Paroles de stagiaires
"En stage, j’ai eu le sentiment qu’il fallait être professionnel comme un salarié de l’entreprise mais que l’on devait sans cesse faire ses preuves". Benjamin 24 ans jeune diplômé.¶ "Pendant mon master management des ressources humaines, j’ai fait un stage chez France Télécom. J’ai dû faire mes preuves, mais à la fin je faisait partie intégrante de l’équipe. C’était moins difficile que pendant mon stage de maîtrise. Je crois que plus on est jeune, plus on teste notre maturité". Angélique, 28 ans, diplômé de ressources humaines. "Je n’aurais pas imaginé rejoindre le monde du travail sans un stage en préambule. En cours, on nous a fait apprendre des mots, comme merchandisage, en nous disant qu’il faudrait les oublier après l’oral... parce qu’on ne les utilise pas sur le terrain!". Sébastien 22 ans, diplômé en BTS management des unités commerciales. "J’ai fait deux stages pendant mes études. Lors du premier, ça s’est mal passé: j’étais au milieu des conflits. J’ai eu le sentiment que, étant stagiaire, j’étais pour les autres celui qui, de fait, faisait des erreurs". Benjamin "Je ne fais pas figurer la mention stage sur mon CV. Beaucoup de professionnels en France considèrent encore qu’être en stage, c’est rester à côté d’une photocopieuse. C’est une expérience dure à vendre. J’indique la fonction que j’ai occupée au sein de l’entreprise". Angélique.
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