| Ils se font des trous et aussi des tatoos |
Leçon de géographie. "Les oreilles, la langue, le nombril, les bouts de seins... et je suis tatoué aussi. Un gobelin, un corps de femme à côté d’un diable, un troll sur la hanche... Le monde enchanté, quoi". Et le sexe ? "Non pas le sexe". Michel Jotreau, donc, aime se faire percer et tatouer également. Il a commencé tôt et s’arrêtera plus tard. "Je voudrais faire le dos aussi. Mais cela coûte un peu d’argent. Il faut aussi trouver un bon tatoueur avec lequel il faut bien s’entendre".
En tous les cas, Ils sont de plus en plus nombreux à sauter le pas. Dans tous les milieux, à tous les âges et encore plus quand ils sont jeunes, assurent tatoueurs et perceurs en se montrant parfois intraitables ou très prudents face aux demandes d’ados (lire par ailleurs). Ainsi va la mode, après que les Johnny, Béatrice Dalle, Joey Starr, 50 Cent, Djibril Cissé, ont signifié au monde que tatouages et piercings n’étaient pas réservés aux bikers et aux taulards, des durs qui n’ont jamais mal. "Mal ? Non mais franchement ! Avec les liposuccions, le silicone dans les seins...", rebondit Emilie la tatoueuse tatouée (Velvet Studio). "Ce n’est pas si violent. On ne va pas forcément dans les soirées maso !", sourit Anaïs, la perceuse percée. Mais dans le bus, oui, et ce n’est pas toujours simple. "Avoir un petit (motif) tribal dans le bas du dos ou un petit piercing, cela passe. Mais quand on a plus qu’un petit tatoo mignon... Les personnes âgées ont tendance à ramener leur sac vers elles, des jeunes disent «T’as les bras sales»". Consolation: "Grenoble, c’est rien à côté de Lyon! Ici, c’est ouvert", racontent les deux jeunes femmes. Ici comme ailleurs, pourtant, "beaucoup de gens ne comprennent pas pourquoi on fait cela et comment on peut avoir envie de le faire".
"Un manque d'identité profonde" Réponse du psychiatre Pierre Mury (secteur adolescent à l’hôpital de Saint-Egrève): "Cela renvoie à un manque d’identité profonde". Une manière de plaquer à l’extérieur un vide intérieur en quelque sorte. Le psy ajoute: "C’est comme beaucoup de choses. Un petit régime, ce peut être bien. Après, c’est l’anorexie. La discussion sur la norme est toujours possible. Mais pour moi, se faire mal, c’est de l’ordre du trouble avéré de la personnalité". Hochement de tête d’Émilie: "Dans notre société, il faut être très, très rangé". Il faut également être lucide. Elle l’est et le dit tout net à celui qui veut se faire tatouer dans le cou: "Attention, tu ne trouveras pas de boulot mis à part à l’usine". Il existe aussi le laser pour effacer en brûlant, le scalpel pour découper la peau (lire par ailleurs). Le percé, lui, peut toujours enlever le bijou. Il reste le trou, la cicatrice plus ou moins voyante. Cela lui plaît... Ils savent tout cela, plus ou moins clairement, les tatoués et les percés. Ils haussent les épaules et déclinent à l’infini les arguments qui ne font de mal à personne : "Mon corps m’appartient"; "je marque les étapes de ma vie"; "cela me relie à mon histoire". Et puis, au final: "Cela me plaît".
|
Aucun commentaire posté
| Suivant > |
|---|






















