La nomination de Didier Migaud à la présidence de la Cour des Comptes ouvre considérablement le jeu en Isère. Au PS d'abord, où le trio Destot-Migaud-Vallini (par ordre alphabétique) n'est plus qu'un duo dont on ne sait encore trop sur quel pied il dansera. Et qui, surtout, marchera exprès sur les orteils de l'autre. A la Métro ensuite, dont le nouveau président (Baïetto? Destot? Ferrari?) sera élu vendredi 12 mars. A Seyssins également, dont on connaîtra le prochain maire (c'est le rêve de Michel Baffert) ce samedi. Et bien sûr, on n'oublie pas la 4e circonscription, dont Migaud était l'invicible député depuis 1988.
Alors, même si les régionales occupent bien les esprits, les états-majors et les militants, on est bien obligé, dès aujourd'hui, de poser "la" question: qui sera candidat aux législatives?
Au Parti socialiste: Battistel devrait y aller...
Logique et politique ne font pas toujours bon ménage. Mais au PS, il semble que la logique aura le dernier mot. La logique, c'est la candidature de la suppléante du député Migaud, Marie-Noëlle Battistel, maire de La Salle-en-Beaumont. Battistel, on a essayé de la contacter: sans résultat. En même temps, comment annoncer à un journaliste son envie de devenir députée fin mai... alors qu'on est deuxième sur la liste PS en Isère aux régionales, et donc conseillère régionale à coup sûr le 21 mars au soir? "Elle a plutôt envie d'y aller", nous souffle un socialiste qui suit tout ça de près. "Elle va y aller, c'est certain", assure un autre, "mais elle ne dira évidemment rien avant le 22 mars".
Si Battistel se lançait, elle devrait être la seule en piste au PS. Sollicitée par Grenews.com, la conseillère générale Brigitte Périllié (Vif) ne dit pas autre chose. Oui, Brigitte Périllié est "intéressée par le poste, parce qu'au bout de trente ans de politique, c'est normal d'avoir envie d'aller plus haut". Mais "si j'ai la légitimité, je ne suis pas sûre d'être la meilleure candidate possible", d'autant que "si Marie-Noëlle Battistel décide d'y aller, on se rangera tous derrière elle sans problème. Ce serait normal: le député s'en va, la suppléante lui succède. Oui, c'est normal qu'elle soit tentée de se présenter". Et Brigitte Périllié de glisser, l'air de rien, qu'elle pourrait alors "devenir sa suppléante, qui sait?" Pour cette place, il se dit aussi que le Seyssinois Hugelé ne serait pas trop mal placé.
Au bout du fil un peu plus tard, un autre élu dont le nom circule (un peu) ces jours-ci: le conseiller général Christian Pichoud (Bourg-d'Oisans)... "C'est un peu particulier de parler d'héritier dans la République. Mais si Marie-Noëlle Battistel se décide, alors on sera tous derrière. Elle a fait son boulot. Elle est légitime". Sachant, mais on l'avait déjà écrit, que le jeune maire de Pont-de-Claix Christophe Ferrari ne briguera pas le fauteuil de Migaud à l'Assemblée nationale... vu qu'il préférerait s'asseoir dans le fauteuil de Migaud à la Métro.
A droite: Puissat? Marchiol? Et Casavecchia quoi qu'il arrive!
Dans le camp d'en face, ça bouge aussi, et même plutôt deux fois qu'une. Normal: Migaud en Isère, c'était l'assurance de prendre une bonne rouste aux législatives, même si la circonscription est plutôt à droite. Mais maintenant que Migaud n'est plus là...
Alors où en est-on? Bertrand Lachat, délégué départemental du Nouveau Centre et premier adjoint à Claix, se déclarait candidat le 25 février... Rapide. Mais Yann Casavecchia a dégainé plus vite, dès le 23. Yann Casavecchia qui était le candidat de la droite en 2007 archibattu par Migaud. Le même Casavecchia qui a écrit samedi dernier aux médias. Extraits: "J'ai rencontré (vendredi) Michel Savin (président de l'UMP-38). L'entretien a été court d'une vingtaine de minutes. Michel Savin m'a fait part de sa volonté de présenter Frédérique Puissat (secrétaire départementale de l'UMP et maire de Château-Bernard) (...) Je suis très étonné (...) parce que c'est la commission nationale d'investiture parisienne qui doit décider et non le président du comité départemental (...) Un tel comportement du président encourage la division". Tout cela pour dire et pour écrire que "j'ai dans ce contexte fait part de ma volonté de maintenir ma candidature, comme en 2007". Fin de communiqué.
Et coup de fil à Michel Savin mercredi, qui renvoie à la procédure et explique qu'il n'a "aucune candidature sur le bureau"... "Casavecchia peut dire ce qu'il veut, c'est la commission nationale d'investiture qui désignera. Voilà. Là, nous sommes totalement investis dans la campagne des régionales et nous verrons bien par là suite". Et "que ce soit au final Fabrice Marchiol, Frédérique Puissat, Pierre Gimel ou Yann Casavecchia, notre famille politique respectera le choix de la commission et fera tout pour gagner". Point. Mais difficile d'en rester là, alors on a appelé les quatre personnes citées juste un peu plus haut.
D'abord, on a eu Casavecchia, président du Club Villepin en Isère, qui n'avait pas renouvelé son adhésion à l'UMP ni en 2008 ni en 2009, mais qui est "à jour de cotisation pour 2010" depuis quelques jours. Casavecchia qui affirme "de manière claire et nette" qu'il ira "au bout". "Il peut se passer beaucoup de choses. On va essayer de s'entendre, de s'arranger. Mais je ne vois pas comment la commission pourrait ne pas m'investir. Je comprends que d'autres aient envie d'y aller, maintenant que Migaud est parti, maintenant que le boulot est plus facile... mais personne ne peut m'enlever ma légitimité de candidat en 2007". Et si Paris lui refusait l'investiture ? Petit temps de réflexion. "Eh bien je serais candidat divers droite", le tout, "sans mettre la pression", jure-t-il. Ou alors un petit peu, en ajoutant que "l'imprimeur est choisi", que "le budget est bouclé" et que "si l'accord est rompu, ça pourrait avoir des conséquences sur les cantonales". Sans mettre la pression, donc...
Ensuite, on a téléphoné à Frédérique Puissat qui n'a pas annoncé qu'elle était candidate... mais n'a pas dit non plus qu'elle ne le serait pas. Bref, on a eu la secrétaire départementale de l'UMP-38: "C'est clair qu'avec le départ de Migaud, la configuration de la circonscription change. Mais j'ai envie de dire que la configuration change déjà depuis quelque temps. Des communes sont tombées à droite. On sent que le vent souffle". De là à souffler si fort que ça ferait pencher la circonscription à droite... "Après les régionales, le meilleur candidat devra être désigné. A mes yeux, ce candidat ou cette candidate devra tirer sa légitimité de sa capacité à rassembler, à construire, et de son travail de terrain". Rappel: Frédérique Puissat est plutôt perçue comme une élue de terrain.
On continue. Avec le maire de La Mure Fabrice Marchiol, attrapé au téléphone entre deux rendez-vous. Et là, on a eu la tête de liste iséroise UMP/Majorité présidentielle aux régionales. "Vous imaginez bien que je ne pense pas un seul instant aux législatives aujourd'hui. Je suis concentré à 100% sur les régionales. Chaque chose en son temps". Toujours est-il que "je ne serai peut-être pas candidat aux législatives, ou peut-être que si. Mais en tout cas, ce que je peux vous dire, c'est que je n'irai pas contre ma famille. Jamais. Si, par exemple, c'est Frédérique Puissat qui était notre candidate, eh bien du coup, je ne le serais pas".
Enfin, de La Mure à Clelles, on a passé un coup de fil au conseiller général Pierre Gimel, puisque Savin l'avait cité. "Pour devenir député, il faut avoir de la bouteille". Tiens, tiens, comme lui ! "Oui, j'ai de la bouteille, mais pour moi, cette belle opportunité arrive six ou sept ans trop tard. Bon, si on me dit: "Vas-y", j'y vais, parce que depuis trente ans, j'ai été candidat partout. Mais c'est trop tard, je ne suis plus le candidat de l'avenir. J'aurais pu gagner en 1988 mais Paris et Toubon ne m'ont pas investi... et Migaud a pu s'implanter, avec le talent que l'on sait". Donc? "Ce que je vais dire n'est que mon avis, mais je trouve que Fabrice Marchiol, il en a de la bouteille. C'est un jeune, mais il en est déjà à son second mandat de maire de La Mure, il est conseiller régional sortant... Il a plus de bouteille que Frédérique Puissat par exemple, même si elle est très bien aussi. Et aussi que la socialiste Marie-Noëlle Battistel, qui en a moins que Périllié et Pichoud".
Et de gauche à droite, et de pistes en bouteilles, voilà où nous en étions ce mercredi soir. Comme on dit à la télé: c'est tout pour le moment.
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