Elles n’ont pas le même matériel, mais elles ont la même passion : la glisse. Deux amies, Lorraine et Sara, confrontent leurs points de vue sur les relations entre snowboardeurs et skieurs.
L’impatience est palpable aux abords de la gare routière grenobloise. Emmitouflés dans d’épaisses parkas, billets à la main, ils sont une centaine à attendre l’embarquement à bord du bus 6010. Destination Chamrousse. Un simple coup d’œil dans ce fourmillement de fondus de la glisse suffit pour déceler deux tendances. Planche sous le bras, certains n’ont d’yeux que pour le snowboard, à l’instar de Lorraine, étudiante lyonnaise en médecine. A ses côtés, Sara, plus portée sur l’économie, n’en a rien à farter d’être goofy ou regular. Son dada, c’est plutôt d’attaquer la pente de front. Tout schuss. En quête de vitesseElles recherchent toutes deux les sensations fortes et pourtant, il n’est pas toujours facile pour une skieuse et une snowboardeuse de s’y adonner côte à côte. « Les snowboarders sont cool dans l’ensemble. Mais franchement, il faut l’avouer, ils sont quand même un peu chiants, explique Sara, sourire aux lèvres. Ils avancent pas alors faut toujours les attendre, au tire fesses, en bas des pistes… Des fois, on est obligés de les tracter si on veut arriver ensemble en bas. Alors un peu ça va». La réplique de Lorraine fuse. « Chacun son style, ses envies. Comme tout le monde j’ai commencé par le ski et vers l’âge de 12 ans je me suis dis « Tiens pourquoi pas le snow ? » Le passage du ski au snow se fait assez facilement. Enfin, pas pour tout le monde... ». Et vlan ! De quoi rappeler sur une note d’humour à son amie Sara, les raisons de son adoration pour le ski. « C’est vrai que je me suis essayé au snow mais ça n’a pas été concluant. Comme c’est pas forcément agréable de passer son temps à tomber et de passer le reste de la journée trempée, je reviens toujours vers le ski. »Snow, ski and funAvant de rejoindre leurs places dans le bus, les deux copines souhaitent mettre à mal quelques clichés tenaces, et notamment l’étiquette d’ « has been » souvent flanquée sur la combinaison des skieurs. « Il ne faut pas penser que les snowboarders perçoivent les skieurs comme des ringards, explique Lorraine. La plupart d’entre nous ont beaucoup de respect pour des skieurs qui sont très techniques, très rapides. Il n’y a aucune moquerie ». Pas même sur le plan vestimentaire avec la disparition totale du « style Killy & Goitschel 68 », collant noir et bonnet à pompon, qui a fini au placard dans les 80’s avec la déferlante des baggys et des couleurs acidulées. « Contrairement à ce que certains pensent, les snowboarders respectent les règles sur les pistes mais c’est un peu plus difficile dans les snowparks, ajoute Sara. Ça ne pose pas de problème quand on est un excellent skieur. Mais quand on a un niveau moyen et qu’on ose s’aventurer sur leur terrain de jeu, on nous regarde bizarrement». Mépris ou moquerie bon enfant ? L’irréductible skieuse parie sur la seconde option, reconnaissant le droit à un as de la voltige, passant les yeux fermés un 360°, de s’esclaffer en voyant un novice tête plongée dans la poudreuse, skis vers le ciel. Plaisir de la glisse, goût pour la prise de risque et sens de l’humour, assurément les pierres angulaires de la complicité entre deux communautés pas si opposées que cela. Benjamin Gardel
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